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Noues et l’énergie

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Une démarche originale

Où sommes-nous ? Nous sommes à Villiers-sur-Marne, une ville d’un peu plus de 30.000 habitants [1] située au sud-est de Paris, dans le département du Val-de-Marne. Limitrophe de Noisy-sur-Grand, de Bry-sur-Marne, de Champigny-sur-Marne et du Plessis-Trévise, elle est intégrée à un groupement de communes appelé Paris Est Marne et Bois. Son maire, Jacques-Alain Bénisti [2], y est élu depuis 1995. Elle compte 13.288 logements [3] dont 32,1% de maisons individuelles et 65,7% d’appartements. La moitié de ses habitants sont propriétaires de leur logement. 3.433 logements [4] sont des logements sociaux, soit près d’un quart.

Mais où sommes-nous précisément ? Nous sommes dans le quartier des Hautes Noues. C’est un quartier classé « sensible » qui s’étend sur 16 hectares au nord de la ville et compte environ 1.600 logements. Les immeubles sont disposés en arc-de-cercle autour d’un espace vert, le parc Friedberg. Il a été déclaré « quartier prioritaire » en 2015. Il compte 5.672 habitants [5] soit un peu plus de 18% de la population de la ville. Aux Hautes Noues, 21,3% des 16-25 ans sont non scolarisés et sans emploi. 28,6% sont des familles mono-parentales. Le taux d’emploi y est de 56,2% [6].

C’est dans ce quartier qu’habite Mamou Soumaré. D’origine malienne, infirmière de profession, elle s’est toujours beaucoup investie dans le milieu associatif. Très sensible aux handicaps qui empêchent beaucoup de jeunes de son quartier de trouver un travail, elle a décidé de les aider à s’insérer en créant une association appelée « DPF » pour « Développement, Potentiel, Formation ».

J’ai créé l’association en octobre 2023. À l’origine, je voulais faire de la formation, mais pas n’importe quelle formation, de la formation auprès d’un public spécifique. En discutant avec des personnes de mon entourage, j’ai compris que mon projet relevait en fait de l’insertion et que je voulais toucher surtout le public des quartiers prioritaires et en l’occurrence celui du quartier des Hautes Noues.

Mamou Soumaré a en effet constaté que beaucoup de jeunes de ce quartier avaient décroché au moment de la scolarité — soit à la fin du collège soit à l’arrivée au lycée.

Certains ont la chance de faire quelques jobs, mais comme ce ne sont pas vraiment des métiers qui correspondent à des vocations, ils quittent vite le milieu professionnel et c’est la délinquance. Cela peut paraître un stéréotype, mais c’est pourtant ce qui se passe en réalité.

Son idée est donc d’aider tous ceux qui ont décroché de l’école ou du monde professionnel à se réinsérer. Son constat est clair : très vite on peut perdre des habitudes qui paraissent normales à d’autres, comme le respect des horaires, se lever tôt, respecter la hiérarchie, etc.

Je voulais les accompagner parce que quand on n’est pas allé à l’école depuis longtemps c’est difficile de réintégrer un groupe, de réintégrer un milieu professionnel avec toutes les obligations et tous les devoirs que cela demande. Mon idée de l’insertion ou de la réinsertion, c’était de reprendre des personnes qui ont décroché ou qui n’ont pas eu la chance d’aller jusqu’au bout de l’école ou du chemin professionnel.

Elle pense donc à organiser des formations autour d’un programme simple, aider ces personnes en difficulté à répondre aux codes sociaux. Cela va de la conception d’un CV à l’écriture de lettres de motivation, en passant par la façon de répondre au téléphone, comment se présenter, comment préparer un entretien, comment postuler à un stage, comment s’habiller…

Parce que quand vous arrivez à un entretien avec la casquette vissée sur la tête et que vous n’arrivez pas à la retirer, c’est un handicap. C’est du classique, mais c’est le b. a.-ba.

Elle se lance donc dans l’aventure, et, dès le début, la ville salue son initiative et la soutient. La mairie l’appuie d’un point de vue logistique, mais aussi relationnel. Tarek Ben Mansour, le directeur Médiation Prévention de la ville, croit en son projet et lui ouvre des portes, celles de la mairie et aussi celles de différentes autorités territoriales. La mairie met à sa disposition un local à l’Escale, un bâtiment situé tout près du quartier des Hautes Noues et qui regroupe un ensemble de services sociaux.

Les formations ont lieu les lundis, mardis, jeudis et vendredis, de 10 heures à midi puis, après un temps pour la pause repas, reprise à 13 h 30 ou à 14 h en fonction des ateliers, jusqu’à 16 h ou 16 h 30.

Ces horaires ont été établis avec l’idée de pas faire commencer les jeunes trop tôt parce qu’on s’est dit qu’avec les problématiques de ponctualité, il valait mieux commencer à 10 h. Pour un public qui est dans le quartier, ça ne les fait pas commencer trop tôt, ça leur fait des petites journées. Ce ne sont pas des journées que tout le monde fait, ce ne sont pas de grosses journées. Cela a été réfléchi exprès.

Le service civique

Mais après tout, d’autres services de la mairie, comme la mission locale, assurent aussi ce genre d’aide aux personnes qui recherchent un emploi et qui ont besoin d’outils pour aborder le monde du travail. Mais la principale originalité de l’association « DPF » de Mamou Soumaré est qu’elle s’appuie sur le service civique.

Le service civique a été créé par une loi du 10 mars 2010 à l’initiative de Martin Hirsch, à l’époque Haut-Commissaire à la jeunesse sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Il s’agissait de permettre à des jeunes de s’engager pour 6 à 12 mois dans des missions d’intérêt général. Au départ, il était réservé aux jeunes de 16 à 25 ans, puis a été élargi jusqu’à 30 ans pour les personnes en situation de handicap. L’idée était de favoriser la mixité sociale. En quelque sorte, le service civique venait combler le vide laissé par la disparition du service militaire dans sa mission de brassage social.

J’ai créé un partenariat avec le service UNIS-CITE qui nous a donné son agrément pour qu’on puisse entrer dans le dispositif du service civique. On a passé une annonce en ligne et les personnes ont candidaté. De notre côté, on a aussi utilisé le service communication de la ville, qui a diffusé l’information sur les arrêts de bus, chez les commerçants, sur des panneaux lumineux. Il y a eu une communication très importante faite sur la ville par la municipalité. Et j’ai eu beaucoup, beaucoup de candidats qui ont postulé par ce biais. Et je les ai reçus en entretien.

Et si on demande à Mamou Soumaré sur quels critères elle s’est fondée pour sélectionner les « heureux élus », elle est catégorique : un seul critère, la motivation.

Je n’ai pas demandé ni CV ni lettre de motivation, volontairement, pour ne pas exclure du public, car pour la plupart de ces jeunes, CV et lettre de motivation, ça fait déjà défaut. Mon seul critère sur les annonces c’était la motivation. Du moment que les candidats étaient motivés, ils pouvaient venir. L’entretien était classique. Sonder un peu leur envie, connaître leur parcours de vie, et être sûr que les personnes étaient prêtes à intégrer le dispositif sur la durée, parce qu’il dure six mois.

Mais quelle était vraiment la motivation de ces jeunes ? La plupart lui ont avoué qu’ils n’en pouvaient plus de ne rien faire. La thématique de l’association ne les intéressait pas forcément. Avant tout ils cherchaient à s’occuper.

Et puis il y a une petite rémunération. Ce n’est pas beaucoup. Elle est de 620 €. Mais c’est intéressant pour un public entre 16 et 25 ans. À 16 ans, 620 € c’est beaucoup. Il y en avait qui étaient intéressés par cet aspect financier.

Une autre originalité de l’association réside dans le choix du public qu’elle souhaite accueillir. La conception de l’insertion de Mamou Soumaré est très large, car elle veut aussi permettre à tous les publics en difficulté de retrouver une place dans la société, pas seulement ceux qui ont décroché de l’école ou du monde professionnel, mais aussi des personnes en situation de handicap, ou sous main de justice.

On travaille avec des prescripteurs comme le SPIP 94 [7] et avec la PJJ [8], un service pour les personnes mineures qui ont des soucis avec la justice. Sur les dix places, on a fait le choix de prendre deux ou trois personnes dans ces dispositifs. Ainsi, on a un jeune homme qui est en semi-liberté.

L’accueil de personnes handicapées étaient une envie très forte de Mamou Soumaré, mais ce n’était pas simple à mettre en place :

C’est venu à la suite d’un entretien avec une candidate. Je suis infirmière de profession, et j’ai vu tout de suite qu’il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas et j’ai compris qu’elle était atteinte d’autisme. Elle avait aussi des troubles de la concentration. Elle comprenait une fois sur deux ce que je lui demandais, mais elle était tellement attachante et puis j’ai senti sa grande motivation. Elle avait vingt-deux ans, mais d’âge mental elle avait huit ou neuf ans. On n’a pas pu la recruter. On s’est posé la question : est-ce qu’elle va comprendre certains ateliers ? Le but n’était pas de la mettre en échec. On ne va pas la prendre pour la prendre. On a discuté avec les parents et on a compris qu’elle était rejetée de partout à cause de son handicap. J’ai fini par me dire que peut-être on ne la prendrait pas à cette session-là, mais si on en faisait une deuxième, une troisième, peut-être que je m’armerais pour intégrer ce genre de profil, mais là je n’étais pas prête. Mais j’ai pensé qu’avec des personnes qui ont des handicaps plus légers, on pouvait tenter l’expérience.

Et c’est ainsi que Yannick [9] a été recruté et il en a tiré un très grand profit, comme on le verra plus loin dans son témoignage et dans celui de sa mère. Lui qui souffrait d’un très grand manque de confiance en lui, car il avait souvent été rejeté à cause de son handicap, il s’est métamorphosé grâce, notamment, aux ateliers de développement personnel…

Le développement personnel

En effet Mamou Soumaré a bien compris que la réussite d’un individu dans les démarches qu’il entreprend ne tient pas seulement à quelques règles à suivre pour remplir un CV ou écrire une lettre de motivation. Son idée était que pour avancer dans la vie, pour s’approprier des codes sociaux, il fallait être bien dans sa tête.

Pour être bien avec les autres, il faut être bien avec soi-même et se connaître. Quand on est enclavé dans la cité on croit se connaître, mais en fait, ce qu’on connaît, c’est le groupe auquel on appartient et c’est très spécifique.

Elle a donc décidé d’intégrer dans le programme des ateliers de développement personnel : gestion de soi, gestion du stress, gestion des crises. Et c’est là que l’idée de réunir des volontaires du service civique aux profils bien différents a pris tout son sens.

Comment se positionner dans un groupe qui est différent de celui auquel on a toujours appartenu, celui qu’on a toujours connu depuis qu’on est tout petit ? Ils ne viennent pas tous de la cité ; ils ne viennent pas du même pays d’origine. Comment être à l’aise avec ça ? Ce n’est pas si évident. Les personnes qui ont trouvé du travail dans des endroits qui étaient éloignés de la cité ont vite décroché parce qu’ils étaient mal à l’aise. Ils n’ont pas réussi à s’intégrer. D’où l’idée de ces ateliers spécifiques pour favoriser le « vivre ensemble ».

L’association a ainsi créé des ateliers d’expression orale et de gestuelle. Comment gérer ses émotions, comment être bien avec son corps. Un atelier a aussi été consacré à la communication non verbale, pour aider les volontaires à découvrir comment ils étaient perçus par les autres…

Certains ont été très surpris ! Je leur ai expliqué que j’avais compris beaucoup de choses au cours des entretiens de recrutement, rien qu’en observant leurs gestes, leur position, leurs regards… On a fait appel à un spécialiste de l’analyse comportementale dans le sport pour leur montrer que même à travers le sport, en fonction de la façon dont on le pratique, on met en évidence des traits de caractère. Tout cela se travaille. Peu importe qu’on soit colérique, nerveux ou très timide, mais quand on le sait et qu’on se connaît, on peut mieux appréhender le milieu professionnel. C’est un volet très important et c’est très enrichissant pour eux… et même pour moi !

La clé de la réussite de ces ateliers c’est aussi de faire appel à des intervenants extérieurs qui apportent leurs compétences et confrontent les volontaires à des notions qu’ils ignoraient parfois complètement. Ainsi, une socio-esthéticienne spécialisée dans le développement personnel et l’estime de soi est intervenue. Elle a entre autres abordé le parfum…

Car porter un parfum plus ou moins fort, c’est une sorte de communication non verbale…

Et l’écologie dans tout cela ?

Comme souvent, Mamou Soumaré est partie de son expérience personnelle pour jeter les bases de son travail associatif. Et sa mère l’a beaucoup inspirée !

Un jour, en accompagnant sa mère dans un centre commercial pour acheter un réfrigérateur, elle a vu qu’elle se portait spontanément vers l’appareil le moins cher. Mais l’étiquette du réfrigérateur en question montrait qu’il n’était pas du tout économe en énergie ! Autrement dit, elle allait économiser 150 € sur l’achat mais perdre beaucoup plus ensuite sur la facture d’électricité.

Je suis d’origine malienne mais née en France. Ma mère a pris son indépendance quand elle est arrivée ici et a élevé seule ses cinq enfants. Elle était illettrée et analphabète. Elle ne maîtrisait pas le français, mais tout de même assez pour travailler et pour nous éduquer. Dès l’âge de douze ans, je remplissais les feuilles d’impôts pour elle ! Malgré tout, je me disais que ma mère se débrouillait plutôt bien… jusqu’à ce jour où je l’ai accompagnée pour changer le réfrigérateur. Elle n’arrivait pas à comprendre qu’elle était perdante à long terme. Pourquoi ? Je me suis demandé si ce n’était pas ce qu’elle avait vécu au Mali qui l’avait formée à une autre conception. Au Mali, même si vous allez acheter une petite bouteille, on vous donnera un sac plastique et le sac plastique va se retrouver par terre. Et tout le monde fait ça et vous avez un arc-en-ciel de sacs bleus, verts, noirs. Plein de sacs plastiques par terre. Les bouteilles sont jetées par terre. Il n’y a pas de poubelle dehors. On est loin du tri sélectif ! Et là j’ai compris que ma mère n’était pas sensible à cette problématique d’écologie. Ce sont des choses qui ont du mal à passer même si ça fait plus de quarante ans qu’elle est en France. Ces questions-là n’arrivent pas forcément au sein des quartiers prioritaires.

Alors je me suis dit que si ma mère, avec son intégration plutôt réussie, n’arrive pas à comprendre cette évidence, c’est que beaucoup d’autres ne doivent pas la comprendre non plus.

Cette expérience lui a fait découvrir l’origine du problème. Il y avait cette fameuse étiquette avec les consommations énergétiques de chaque appareil : A, B, C, etc. Mais en fait sa mère n’avait jamais compris ce que cela signifiait. Elle ne s’y était même jamais intéressée. Mamou Soumaré a alors réalisé que les dispositifs les plus simples se heurtaient à la barrière de la langue et de la culture.

Au-delà de l’origine culturelle, je pense qu’il y a des informations qui n’arrivent pas dans le quartier. Les gens ne s’en saisissent pas. Il faudrait peut-être une réplication, revenir avec un accompagnement, que les gens aient l’impression qu’on personnalise l’information pour les sensibiliser. En tout cas, moi, c’est ce que j’ai perçu avec ma mère.

Mais, a contrario, ma mère récupère l’eau de la pluie sur son balcon et elle va s’en servir pour faire la vaisselle. Ça vient de son origine au Mali. Dans son village, elle n’y avait pas d’accès à l’eau. Il fallait qu’elle marche plusieurs kilomètres pour récupérer de l’eau et aujourd’hui, même si elle a des robinets, elle récupère l’eau de la pluie. S’il reste de l’eau dans une bassine, elle va pas la jeter, elle va la garder pour laver un verre, pour se rincer les doigts. Oui, il y a cet aspect culturel mais il n’y a pas que cela. Je pense qu’il y a un problème d’information qui ne touche pas que les personnes qui sont d’origine étrangère.

J’aurais pu moi aussi me retrouver dans la même situation que ma mère, à compter mes sous et me dire « Bah tant pis, ma machine à laver ne fonctionne plus, j’en ai besoin d’une tout de suite, je n’ai que 200 € et je vais acheter celle qui est à 150 € ». J’aurais pu faire comme elle et pourtant j’ai grandi ici. Je suis née ici. Je suis allée à l’école ici. C’est un élément qu’il faut prendre en considération parce que dans les quartiers prioritaires, les personnes sont d’origines diverses.

Face à cette situation, Mamou Soumaré a vite compris que les enfants étaient un bon moyen de véhiculer l’information auprès des habitants du quartier. D’une manière générale, elle pense que ces habitants vont davantage écouter des personnes qui sont du quartier comme elles que des discours politiques délivrés « d’en haut ».

C’est quand même un plus d’avoir des personnes qui leur ressemblent et qui leur donnent une information. Ils vont facilement m’écouter car je suis du quartier. Je suis comme eux en fait. Ça c’est aussi important. C’est aussi une force si c’est leurs enfants qui ont été sensibilisés qui viennent leur parler.
Pour Mamou Soumaré, l’écologie, ce n’est pas quelque chose qui est arrivé dans le quartier. La plupart des gens sont loin de cela. Selon elle, ça ne leur parle même pas.

Ce n’est pas pour les gens des quartiers, « c’est un truc de bourges », on m’a dit. Alors qu’on est tous touchés par ça. Pourquoi ? Est-ce que c’est le fait d’être toujours enclavé dans ces quartiers ? Dans les ateliers on se rend compte que certains ne sont même jamais allés à la Tour Eiffel, jamais allés à Paris. Ils sont en fait enfermés entre les murs de leur quartier et toute leur vie, c’est le quartier et du coup le développement durable ça ne leur dit pas grand-chose. Dans notre quartier on a les poubelles jaunes, les poubelles classiques mais il n’y a pas eu de sensibilisation par rapport au tri. Quand vous les examinez, il y a pas de différence entre les deux types de poubelles, il y a les mêmes choses dedans ! Si on parle d’économie d’énergie on sent qu’il y a rien derrière. Il n’y a pas d’information. Je pense qu’avec le dispositif des ateliers, le groupe s’ouvre. Mais pour le moment, les habitants ne se sentent pas concernés. Pour eux c’est une chose qui concerne les gens aisés.

On verra par la suite que la question est plus complexe. En réalité, les milieux populaires sont depuis longtemps lancés dans une démarche « anti-gaspillage ». Certes, la « sobriété » qu’ils adoptent est très souvent contrainte. Et dans ce domaine, ils n’ont pas vraiment de leçons à recevoir de milieux aisés qui découvrent peu à peu la maxime du « moins, c’est mieux ».

En fait, comme le Monsieur Jourdain de Molière faisait de la prose sans le savoir, les milieux populaires pratiquent sans doute l’écologie depuis plus longtemps qu’on ne le pense généralement. Nous y reviendrons.

Mais en lançant des ateliers dédiés à l’écologie, Mamou Soumaré avait une autre idée en tête…

Mon but, c’était aussi qu’il y ait des sorties positives de ce dispositif, soit pour une vocation, soit pour trouver un stage ou un travail, soit pour retourner à l’école. Et je me suis dit que dans ce dispositif il fallait que je fasse découvrir à ces jeunes tous les nouveaux métiers en lien avec le développement durable. Parce que c’est dans l’air du temps. Pour eux encore plus que pour moi. Leur génération sera impliquée dans tous les projets qui vont être engagés. C’est un monde professionnel qu’il faut découvrir. Mon projet, c’est sur l’insertion, et je veux qu’il y ait des gens qui trouvent du travail et il faut en parler. Ils ne pourront pas faire sans.

Le regard de la mission locale

Mais bien sûr, l’association « DPF » de Mamou Soumaré n’est pas la seule structure à offrir des outils d’insertion aux jeunes de Villiers-sur-Marne. On l’a dit, l’Escale regroupe un certain nombre d’associations à vocation sociale, dont la mission locale, dirigée par Renaud Steffen :

On a une mission locale sur trois communes. Sur Villiers-sur-Marne, on a à peu près le tiers de l’effectif. Et puis nous avons aussi la commune du Plessis-Trévise et la commune de la Queue-en-Brie. On accueille environ cent cinquante jeunes par an. L’antenne de Villiers c’est à peu près la moitié de l’ensemble à la fois pour le nombre de jeunes accueillis et le nombre de mesures.

L’objectif de la mission locale, c’est d’informer, d’accueillir, d’orienter les jeunes de 16 à 25 ans, jusqu’à 30 ans s’ils sont en situation de handicap, les orienter professionnellement pour les insérer dans le monde du travail. La mission gère aussi des actions sur le logement, même si le logement en Île-de-France est difficile et la mission n’a pas vraiment de solution en terme d’accès au logement. Elle aide aussi des jeunes à se faire soigner, s’ils ont des problèmes de santé.

Quel est son sentiment sur l’initiative de Mamou Soumaré ?

Ce qui est intéressant dans son projet, c’est qu’ils ont fait le choix de prendre des jeunes qui sont en service civique. Ça c’est une très bonne idée. C’est sur la base du volontariat et ça leur procure une petite rémunération. Ça plaît aux jeunes parce qu’ils ne sont pas en bénévolat et ma foi j’ai envie de dire que c’est très valorisant pour mettre sur leur CV. C’est du volontariat, c’est un engagement. Moi je trouve que c’est une très bonne chose. À la mission locale, on essaie d’orienter les jeunes qui pourraient être intéressés par le service civique.

On a fait aussi une fois un atelier avec ces jeunes volontaires de l’association, un atelier d’accès au travail. Des jeunes sont venus faire leur CV à la mission locale, dans l’espace « cyber ». On est dans une dynamique d’échange de services.

Ce qui est intéressant dans la démarche c’est que les jeunes vont faire de la pédagogie avec les populations, les populations des quartiers populaires, qui parfois passent un petit peu à côté de ces choses-là. On se rend compte qu’on peut leur donner des petits trucs très simples pour faire des économies d’énergie auxquels ils n’auraient pas pensé. Mettre des mousseurs par exemple ou acheter des ampoules qui sont parfois plus chères à l’achat, mais qui vont faire au final des belles économies. Ça, je dirais que c’est un aspect très valorisant. Les jeunes qui participent à ce projet sont souvent eux-mêmes issus de quartier populaire. J’ai vu les jeunes qui étaient pris, je trouve qu’il y a une belle diversité. Il y a vraiment une belle égalité des chances. Ils ont pris des jeunes qui étaient vraiment intéressés par le projet. Il n’y a pas de sélection comme on peut s’y attendre parfois sur certains projets. Il y a des structures qui vont avoir une mauvaise approche du service civique. Ils vont traiter les volontaires comme si c’était des salariés. Bien souvent il y a un détournement de la mesure, elles font comme si elle pouvaient avoir des salariés avec le service civique, et elles se mettent à avoir des exigences avec des jeunes qui ne peuvent pas prétendre à un salaire. Connaissant Mamou Soumaré et Tarek Ben Mansour, je ne suis pas étonné de ce qui se passe. Je pense que le projet est dans le bon tempo. C’est un projet qui est bien dans son époque.

Si on demande à Renaud Steffen de réagir au fait que les jeunes volontaires du service civique perçoivent une rémunération, il répond :

Nous, nous avons le contrat d’engagement jeune qui est une mesure phare du gouvernement. Cela fait suite à la garantie jeune. Nous avons des jeunes qui sont sous ce contrat pendant six à douze mois selon les profils et qui peuvent bénéficier d’une allocation à ce titre, selon la tenue de leurs engagements. Le service civique c’est très complémentaire au niveau de la démarche d’engagement. Ça peut être perçu comme une contrainte pour des jeunes qui ne viennent que pour l’allocation. On a des gros volumes pour le contrat d’engagement : plus de 200 jeunes. Il y a une partie du public qui ne vient que pour l‘allocation et subit le reste ! Avec le nombre plus réduit de bénéficiaires en service civique, on peut faire davantage dans la dentelle et prendre les jeunes qui sont vraiment intéressés par le projet.

Pour les jeunes qui terminent leur engagement et qui n’ont pas de solution immédiate, ce que propose l’association « DPF » peut être une voie complémentaire. Je trouve que le projet est très original au sens où il y a des actions concrètes qui sont destinées aux jeunes pour leur permettre de s’insérer. Ça c’est très intéressant. Je ne sais pas si ça se fait beaucoup ailleurs. La plupart du temps, quand une association prend du service civique, c’est pour faire du volontariat qui pourrait peu ou prou s’assimiler à du travail professionnel. Il n’y a pas forcément cet accompagnement très fort qu’il y a dans le projet « DPF ». Ça c’est original et c’est très important.


[130.669 en 2021.

[2LR - Les Républicains.

[3en 2020.

[52018.

[7Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation.

[9Le prénom a été changé à la demande de l’intéressé.

Il existe une version sonore de ce texte :






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