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Le Vilain petit canard

Bas les masques à gaz !

La série

La série se déroule essentiellement dans un lycée d’une ville moyenne. Le Principal veut tenter l’expérience d’un journal conçu par des lycéens et leur a affecté un local et du matériel à cette fin.

À l’époque, on parle encore en francs, Internet, les réseaux sociaux et les smartphones n’existent pas. Les ordinateurs personnels font leur apparition. Et on utilise encore des négatifs pour la photographie. Les jeunes tapent leurs articles à la machine à écrire et diffusent leur journal grâce à une photocopieuse.

Les personnages

Les personnages récurrents dans cette série sont :

 Le Principal, surnommé « Dédé » par les lycéens, il est très ouvert à l’initiative des jeunes et tente de contenir leurs débordements.
 Rémi est le « Surveillant général » de l’établissement comme on appelait à l’époque (1992) les employés qui faisaient l’interface entre les élèves et la direction de l’établissement.

Et puis il y a les journalistes :

 Ludo, le rédacteur en chef,
 Alban, l’éternel inquiet sur l’avenir du monde,
 Marie-Jo, la bonne copine, sur tous les coups,
 Yann, le technicien,
 Valentin, un Vietnamien, véritable Mac Gyver de l’équipe.

On suit aussi :

 Christophe, dit Kris, le fils de Mme Lavergne, la présidente des parents d’élèves. Il est musicien et expérimente de curieux styles musicaux.
 Caroline, la fille d’une des professeures, Mme Chaumette. Kris en est fou amoureux, mais le musicien lui fait peur ! Elle est journaliste au début, puis quitte le journal.
 Emmanuel, un élève prétentieux et méprisant que tout le monde déteste.

Scène 1
salle de classe - int/jour
élèves - mme chaumette

Les ELEVES sont installés en classe avant l’arrivée de la prof, Mme CHAUMETTE. Ils sont regroupés autour d’une table, façon mêlée de rugby. Ils sont très excités. Les moins bien placés grimpent sur leurs camarades de devant pour tenter de voir ce qui se passe au centre…

UN ELEVE
Je veux voir !

UN AUTRE ELEVE (à un autre élève)
Pousse-toi un peu…

Du centre, des voix s’élèvent, mêlés de rires, de petits cris étouffés…

DIFFERENTS ELEVES
Oh ! La tronche !… Fais voir… C’est super bien dessiné… Oh, l’horreur… ! Tourne la page… Attends, j’ai pas vu la mère Chaumette !… Montre… Oh, le pif !… Ils l’ont pas ratée !

Un ELEVE de derrière la mêlée fait des bonds.

L’ELEVE
Hé ! Vous me le passerez, après… !

UN ELEVE DU CENTRE (en se redressant)
T’avais qu’à l’acheter…

Un ELEVE qui faisait le guet dans le couloir, entre dans la classe.

L’ELEVE (aux autres)
La voilà… !

Dans le plus grand désordre, les ELEVES courent s’installer à leurs places. Un élève, JACQUOT, cache le vilain petit canard dans son cahier.

Mme CHAUMETTE entre. Il règne un grand silence dans la classe, ce qui la surprend. Tous les élèves se tiennent raides comme des piquets, mais on sent qu’ils sont au bord d’éclater de rire. JACQUOT ne résiste pas et, en voyant Mme CHAUMETTE éclate bruyamment de rire.

Mme CHAUMETTE (allant vers son bureau)
Jacquot, s’il te plaît…

Le rire de JACQUOT déchaîne l’hilarité des autres ELEVES.

Mme CHAUMETTE
S’il vous plaît ! S’il vous plaît !

Bousculé par son voisin, JACQUOT fait tomber son cahier, le journal glisse sur le sol. JACQUOT ramasse le cahier, mais le journal est hors de sa portée.

Les élèves continuent de rire. Mme CHAUMETTE ne comprend pas…

Mme CHAUMETTE
Vous pouvez m’expliquer ce qui vous met dans cet état ?

En étendant sa jambe, JACQUOT tente de ramener à lui le journal, mais son voisin de devant, d’un coup de pied, lance le journal plus loin… Si loin qu’il atterrit au pied du bureau de Mme CHAUMETTE. Celle-ci le voit et va le ramasser. Le silence soudain se fait dans la classe. On se demande ce qui va se passer. Les rires sont étouffés…

On voit alors, en même temps que Mme CHAUMETTE, la première page du journal : il s’agit de la caricature du Principal. Il est représenté en épouvantail à moineaux… Mme CHAUMETTE tente de contenir sa stupéfaction…

Mme CHAUMETTE (sèche)
Très réussi…

Les ELEVES sont tendus et silencieux. Mme CHAUMETTE, après une certaine hésitation, se décide à tourner les pages du journal… On sent qu’elle redoute le pire. Elle tombe sur sa propre caricature…

Mme CHAUMETTE (furieuse, mais tentant de rester maître d’elle-même)
D’accord…

Les ELEVES n’en peuvent plus, ils s’écroulent de rire…

Mme CHAUMETTE
Ça suffit ! Vous croyez que je vais vous laisser vous payer ma tête comme ça… !

UN ELEVE
C’est pas nous, m’dame !

Hélas ! Rien n’y fait, les rires redoublent !

Mme CHAUMETTE
Silence !

Elle pose rageusement le journal sur son bureau.

Mme CHAUMETTE
Bien. Prenez une feuille de papier. Puisque vous aimez le dessin, je vais vous interroger sur quelques peintres célèbres…

Vives protestations dans la classe…

UN ELEVE
C’est pas au programme !…

Mme CHAUMETTE
Silence !

Scène 2
cour collÈge - int/jour
eleves - deux profs

Furieux, un PROF sort d’un des bâtiments et traverse la cour d’un pas très décidé. Il tient à la main le journal. Il passe devant des ELEVES qui lisent le journal et le regardent en éclatant de rire. On comprend qu’ils ont vu sa caricature… Le PROF continue d’avancer en feignant de ne pas entendre les rires.

Plus loin, il tombe sur un autre PROF, qui est plongé dans la lecture du journal. Il l’aborde. Le second PROF regarde les caricatures en se marrant.

PREMIER PROF (outré, à son collègue)
Vous trouvez ça drôle… ?

DEUXIEME PROF (cherchant la caricature du premier prof)
Attendez… (Il compare la caricature à « l’original ») Hum… Assez réussi… !

PREMIER PROF
Je vous en prie… !

DEUXIEME PROF (paternaliste)
Allez, un peu d’humour…

PREMIER PROF
Ecoutez, de l’humour, je crois en avoir assez… mais, là, non, ça dépasse les bornes ! Vous avez vu le principal ?

Le DEUXIEME PROF referme le journal et montre la caricature de la couverture…

DEUXIEME PROF (mort de rire)
L’épouvantail… ?

PREMIER PROF
Bon, je vois que vous prenez le parti de ces monstres, comme d’habitude… D’ailleurs… (il cherche la caricature de son collègue dans le journal, et la trouve) D’ailleurs, ils ne vous ont pas vraiment caricaturés… Régime de faveur…

DEUXIEME PROF
Oh, mais vous aussi… On dirait une photo ! (Il lui remet sous le nez sa caricature).

PREMIER PROF
Je vous en prie… !

Piqué au vif, le PREMIER PROF passe son chemin. Le DEUXIEME PROF le regarde s’éloigner en rigolant.

Scène 3
bureau principal - int/jour
Le principal - Premier prof

Le PRINCIPAL est absorbé par l’écriture d’un rapport. On frappe à sa porte. Sans le lever la tête, il lance :

LE PRINCIPAL
Entrez !

On entend des pas décidés sur le plancher. Le PRINCIPAL lève la tête petit à petit. Un main tenant le journal entre dans le cadre et abat le journal sur le rapport du PRINCIPAL. Celui-ci regarde sa caricature.

LE PRINCIPAL (instinctivement, comme effrayé par l’épouvantail)
Ah !!!

Il recule d’effroi.

LE PRINCIPAL
Qu’est-ce que c’est que ça ?

On découvre alors le PREMIER PROF de la séquence précédente.

PREMIER PROF
Vous !

LE PRINCIPAL
Moi ?… (pas convaincu) Vous croyez ?

PREMIER PROF
Et il n’y a pas que vous… Nous y passons tous…

Le PRINCIPAL feuillette le journal. Sa consternation s’amplifie au fil des pages…

PREMIER PROF (se laissant tomber sur le fauteuil, très déprimé)
Monsieur le Principal, j’espère que vous allez faire quelque chose… C’est insupportable… Il faut déjà les subir pendant les cours, mais si maintenant, ils se mettent à nous ridiculiser de cette façon,… non… C’est plus possible… Plus possible…

LE PRINCIPAL
J’avoue que là, ils sont allés trop loin…

PREMIER PROF (reprenant un peu le dessus)
Nous venons de nous réunir. Au nom de tous les professeurs, je vous demande d’arrêter l’expérience de ce journal… Sinon, nous saisirons le syndicat…

LE PRINCIPAL
Je vous en prie, laissez le syndicat hors de cette affaire…

PREMIER PROF
Quelle est votre décision ?

LE PRINCIPAL (navré)
Je tenais beaucoup à cette expérience de libre expression, et…

PREMIER PROF
Si ça ne vous fait rien de vous retrouver en épouvantail sur la couverture…

LE PRINCIPAL
Vous croyez vraiment que c’est moi… ?

PREMIER PROF (désarmé)
Monsieur le Principal…

Le PRINCIPAL, très ennuyé, réfléchit, hésite…

Scène 4
maison mère de caro - Int/jour
Caroline - Marie-Jo - Mme Chaumette

CAROLINE et MARIE-JO, très enjouées, entrent dans la maison en discutant. Mais MARIE-JO ne veut pas entrer…

MARIE-JO
Non, non… J’entre pas…

CAROLINE (en se déshabillant)
Viens… Y’a pas de fantômes…

MARIE-JO
Non, mais y’a ta mère…

CAROLINE (appelant en l’air)
Maman ?!

Personne ne répond.

CAROLINE
Elle est pas encore arrivée… Entre…

Timidement, MARIE-JO entre.

MARIE-JO
Elle a peut-être pas aimé, la caricature…

CAROLINE (innocente)
Bof, tu parles, elle a dû se marrer…

À ce moment, Mme CHAUMETTE entre dans la maison…

CAROLINE
Ah, maman… (Un peu inquiète quand même) Alors ?

Mme CHAUMETTE (lugubre)
Bonjour Marie-Jo.

MARIE-JO (pas très à l’aise)
Bonjour, madame…

Mme CHAUMETTE sort de son cartable le journal et le tend à sa fille.

Mme CHAUMETTE (très sévère)
Tu peux m’expliquer ?

CAROLINE
C’est marrant, non… ?

Mme CHAUMETTE
Je ne trouve pas, non…

MARIE-JO
Bon, bah je vous laisse…

Mme CHAUMETTE (à sa fille)
C’est ça ta conception du journalisme… ?

CAROLINE
On a voulu faire un truc sympa, pour changer un peu…

Mme CHAUMETTE
Un truc sympa… En se payant la tête de vos professeurs, et de ta propre mère, en plus…

CAROLINE
C’est pas moi qu’ai fait le dessin…

Mme CHAUMETTE (à sa fille)
Bravo, je vois que tu as le sens des responsabilités collectives…

MARIE-JO
Bon, bah, je vais vous laisser…

CAROLINE (répondant à sa mère)
Mais j’ai le sens… J’ai le sens… Mais c’est pas moi qu’ai fait le dessin. Et puis c’était juste pour s’amuser…

Mme CHAUMETTE
S’amuser ! Mais tu ne te rends pas compte de ce que c’est, de subir des cancres à longueur de cours. Vous voulez notre peau ou quoi ?

CAROLINE
Mais, maman…

Soudain, Mme CHAUMETTE ne dit plus rien. Elle va s’effondrer dans un fauteuil. Elle reste silencieuse.

MARIE-JO
Bon, bah, ce coup-ci, j’y vais…

Mme CHAUMETTE ne réagit pas. MARIE-JO s’éclipse discrètement après un petit signe de soutien à CAROLINE qui, d’une mimique, lui fait comprendre que la soirée va être dure…

MARIE-JO sort. Il y a un silence. Mme CHAUMETTE est perdue dans ses pensées. CAROLINE ne sait pas comment reprendre le contact avec sa mère…

CAROLINE
Demain, j’ai interro de Français…

Mme CHAUMETTE (résolue)
Bon, Caro. Je n’apprécie pas du tout ce que tu as fait. Je ne sais pas si ce journal va continuer, mais, à partir de maintenant, tu n’y participes plus… Tu entends… ?

CAROLINE (déçue)
J’avais plein d’idées d’articles…

Mme CHAUMETTE
Tant pis… Quand je pense que tu n’as même pas été capable de les empêcher de sortir un numéro pareil… !

CAROLINE
Ben…

Mme CHAUMETTE plonge sa tête dans ses mains…

Mme CHAUMETTE (doucement, tentant de se contrôler)
Je ne sais pas où on va…, mais, là, moi, je n’en peux plus…

CAROLINE s’approche de sa mère pour la consoler, mais celle-ci se détourne…

Scène 5
terrain football du complexe sportif - ext/jour
Marie-Jo - Victor - Joueurs de football

MARIE-JO est venue faire un reportage sur l’équipe de football du collège. Ce sont des garçons de 13-14 ans. Le match vient de se terminer. MARIE-JO guide les joueurs vers un endroit du terrain, à proximité des vestiaires. Elle porte un magnétophone et son appareil photo en bandoulière et tient un micro à la main…

MARIE-JO
On va aller faire la photo par là…

Les JOUEURS et MARIE-JO font quelques pas.

MARIE-JO
Là… c’est super…

Pendant que les JOUEURS se mettent sur deux rangs pour la pose traditionnelle, MARIE-JO prend à part VICTOR, le jeune capitaine.

MARIE-JO (à Victor)
Je peux te poser une ou deux questions… ?

VICTOR
Ouais…

MARIE-JO
Ça te fait quoi d’avoir perdu ce match ?

VICTOR
Devine…

MARIE-JO (très pro)
Bien. Quand c’est que tu fais la belle ?

VICTOR (se croyant atteint dans sa virilité)
Hein ?… Pourquoi je ferais la belle ?

MARIE-JO
La belle… La revanche, quoi ! Vous avez perdu chacun un match…

VICTOR
Minute… On a GAGNÉ chacun un match, nuance…

MARIE-JO
C’est pareil…

VICTOR (un peu agacé)
Bah, non. Bon. On fait la photo. Parce que, là, on pue. Faut passer à la douche…

MARIE-JO
Oui, d’accord… Attends…

VICTOR va rejoindre ses camarades. MARIE-JO, précipitamment, se débarrasse de son magnétophone et va le poser contre un muret, près du vestiaire. Elle oublie de l’arrêter…

Puis elle revient vers les JOUEURS… Elle se met en position pour prendre la photo, mais on sent que ce n’est pas son truc… Elle cherche le bouton de déclenchement, tourne cent fois la bague de mise au point… Regarde le soleil…

VICTOR
T’aurais pu nous prendre avant le match ? On est plutôt crades, là…

MARIE-JO (un peu paniquée par les manipulations, répondant n’importe quoi)
Ça fait rien, c’est du noir-et-blanc… (Empêtrée dans ses bagues et boutons) Y’a quelqu’un qui sait où on appuie ?

VICTOR, très macho (« Ah, les filles et la technique ! »), s’approche de MARIE-JO.

VICTOR (en examinant l’appareil)
T’es aussi douée pour la photo que pour le foot…

MARIE-JO
Bah, d’habitude, le photographe, c’est pas moi…

VICTOR
Tiens… T’appuies là…

MARIE-JO
Un coup ?

VICTOR (en allant rejoindre ses amis)
Oui… !

MARIE-JO vise, met au point, mais ne paraît pas satisfaite…

MARIE-JO
C’est pas terrible… Vous pouvez pas faire une mêlée ? Ça serait plus… (geste de la main voulant dire « dynamique »).

Les JOUEURS éclatent de rire…

VICTOR
Ouais, c’est ça… Tu veux pas qu’on saute à la perche aussi ? Bon. Mets le turbo. On se caille !

MARIE-JO
OK. OK. (Elle appuie sur le déclencheur) Voilà. Super. Merci…

Les JOUEURS s’en vont au pas de gymnastique. VICTOR va vers MARIE-JO avant de partir.

VICTOR
J’te passerai un bouquin sur le foot, si tu veux…

MARIE-JO (avec aplomb)
Comme tu le sens…

D’un geste de la tête, VICTOR salue MARIE-JO puis s’éloigne.

MARIE-JO va rechercher son magnétophone.

Elle s’arrête net en entendant des voix d’hommes, de l’autre côté du muret. MARIE-JO se baisse.

VOIX N°1 (off)
J’ai fait passer le dossier, il ne manque plus que la signature du maire.

VOIX N°2 (off)
Vous savez qu’il faut au moins un an pour construire une usine d’incinération d’ordures…

VOIX N°1 (off)
Je sais. Je vais faire tout mon possible pour le presser. Mais je ne veux pas brusquer les choses : une usine de ce type à côté d’un terrain de sport, il faut être très diplomate…

MARIE-JO écarquille les yeux… !

VOIX N°2 (off)
Je sais que je peux compter sur vous…

VOIX N°1 (off)
Je vous raccompagne ?

VOIX N°2 (off)
Volontiers…

Les deux HOMMES se dirigent vers une voiture garée tout près.

Scène 6
couloir local rédaction - INT/JOUR
ludo - alban - valentin - caro - marie-jo - remi

ALBAN, VALENTIN, CARO et LUDO marchent dans le couloir conduisant au local de la rédaction.

LUDO
Et ran ! Je l’écrase avec un smash. Blême, il était. Blême. Deux sets… t’imagines… HU-MI-LIÉ. Je l’ai HU-MI-LIÉ.

VALENTIN
Ça s’arrose !

LUDO
Attends… C’est que les quarts de finale… Mais tu vois, sauf si c’est la fin du monde demain… je vois pas ce qui peut m’empêcher de gagner la finale…

ALBAN (en confidence)
Désolé, mon vieux, mais c’est la fin du monde demain…

CAROLINE
Arrête ! Ça fait deux ans que tu nous annonces la fin du monde pour demain…

ALBAN
C’est pour vous préparer. Comme ça, vous serez pas surpris…

D’un geste très décidé, LUDO pousse la porte du local de la rédaction. Les autres entrent derrière lui.

Scène 7
local rédaction - int/jour
LES JOURNALISTES

Les JOURNALISTES, ahuris, restent plantés à l’entrée du local. Tout leur matériel (ordinateur, photocopieuse, tables, etc…) a disparu. Le local est désormais occupé par de grands panneaux recouverts d’affiches sur les « métiers d’avenir », avec la même question sur chaque panneau : « Que ferez-vous demain ? ».

LUDO (surpris)
Bah ?! On nous a déménagé ?

VALENTIN
Où on est maintenant ?

ALBAN
Dédé aurait pu nous prévenir qu’il prenait la salle…

Les JOURNALISTES se retournent et découvrent REMI à l’entrée.

LUDO (à Rémi)
Où on est maintenant ?

REMI
Nulle part ?

VALENTIN (incrédule)
C’est quoi, ce plan ?

REMI
Le Principal a pensé que ça vous intéresserait d’avoir des informations sur les métiers de demain…

LUDO
On sera journalistes, alors… les autres métiers…

REMI
Ben, justement, il a dû penser que vous étiez pas faits pour le journalisme…

ALBAN
De toute façon, demain, c’est la fin du monde. Alors, journaliste ou autre chose, ça empêchera pas d’être pulvérisés.

LUDO (à Rémi)
Attends, attends… Qu’est-ce que ça veut dire « pas faits pour le journalisme » ?

REMI
Tu devines pas… ?

Il y a un silence. Chacun commence à se douter que les caricatures sont à l’origine de cette mesure.

CAROLINE
On est allés trop loin…

LUDO
Quoi, trop loin ? On était tous d’accord, non ?

CAROLINE
Je dis pas. (Un temps d’hésitation puis :) Enfin… moi, je vous annonce que je ne fais plus partie du journal. Ma mère a pas apprécié…

VALENTIN
De toute façon, le journal… (À Rémi). Il est où le matos… ?

REMI
Confisqué.

Les JOURNALISTES se regardent, très déçus…

ALBAN
Bah, c’est pas grave, demain la planète explose…

VALENTIN (tentant de plaisanter)
On aurait pu prévenir les autres…

À ce moment, MARIE-JO, tout excitée, entre dans le local…

MARIE-JO
Faites chauffer la photocope, j’ai le scoop du ciel.

Personne ne répond. MARIE-JO voit les panneaux…

MARIE-JO
On n’a plus le local ?

LUDO
Plus le local, plus le matos, et plus le journal.

MARIE-JO
Et mon scoop ?

LUDO
C’est quoi, d’abord, ton scoop ?

MARIE-JO
C’est une usine qu’ils vont construire à côté du stade…

VALENTIN
Ça va faire des emplois…

ALBAN
… Les emplois de demain… Si y’a un demain… !

LUDO
Tu parles d’un scoop…

MARIE-JO
Mais c’est pas ça le scoop… Le scoop c’est que c’est une usine d’incarcération… ! Vous vous rendez compte ! Ils veulent construire une usine d’incarcération à côté d’un stade… !

LUDO
Et alors ?

VALENTIN
C’est quoi une usine d’incarcération ?

MARIE-JO
Oh, vous êtes nuls ! C’est une usine où on brûle les ordures…

REMI
Attends… Attends… Marie-Jo. T’es sûr que tu confonds pas avec une usine d’incinération… ?

MARIE-JO
C’est ce que j’ai dit… Faut empêcher ça. T’imagines la pollution ! Bonjour les poumons… !

ALBAN
Ça y est ! La fin du monde se rapproche !

REMI
Où t’as entendu ça ?

MARIE-JO
Au stade. Y’avait deux types qui discutaient. Un, c’était le type de l’usine. L’autre, c’était un type de la mairie…

REMI
Un conseiller municipal… ?

MARIE-JO
Genre, ouais. Il avait une voiture verte…

ALBAN
Un écolo !

MARIE-JO
Tu parles. Ça sentait la magouille.

LUDO (enrageant)
Et juste au moment où on a plus de journal… !

REMI
S’il y a un conseiller municipal dans le coup, faut prendre des précautions. Vérifier toutes les informations, recouper les témoignages… Faire du vrai journalisme, quoi… Vous voyez ce que je veux dire ?…

Les JOURNALISTES baissent la tête…

LUDO
On a plus de journal alors…

REMI
Erreur, Ludo. Le journal exsiste toujours… Mais, maintenant, il est clandestin.

LUDO
Clandestin ?

REMI
Comme en 68 ! On disparaît, on s’enterre, on se cache, et on fait tourner la photocope jour et nuit…

ALBAN
Ça, c’est super. Comme ça, le jour de la fin du monde, on sera le seul canard survivant.

VALENTIN (défaitiste)
C’est nul ! Tous les lecteurs auront grillé… !

LES AUTRES
Ouais !

REMI
Bon. Ludo, tu t’occupes de tout…

LUDO (faisant le salut militaire)
OK, mon Général.

Scène 8
Cave cafe parents ludo - int/JOUR
ludo - alban - marie-jo - valentin

Le journal a trouvé refuge dans la cave du café des parents de LUDO. Au milieu des casiers de bouteilles, un semblant de salle de rédaction s’ébauche. Sur une vieille table vermoulue, LUDO installe un ordinateur vieux modèle. ALBAN passe l’éponge partout et chasse les toiles d’araignées. Dans un coin, très « les Français parlent aux Français », MARIE-JO, le casque sur les oreilles, écoute l’enregistrement de son interview du footballeur Victor. VALENTIN, lui, fait de constantes allées et venues entre la cave et l’air libre.

ALBAN (contemplant les bouteilles)
Au moins, on pourra transmettre à nos descendant le meilleur de la civilisation…

LUDO (tentant de découvrir comment fonctionne l’ordinateur)
T’arrêtes ton délire. On prépare pas l’apocalypse ! Dis donc, tu crois que ça marche à l’électricité, ce machin…

L’ordinateur est un très vieux modèle…

ALBAN (dédaigneux)
T’as trouvé ça aux puces ?

LUDO
C’est à un pote de Rémi… (trouvant l’interrupteur) Ah ! Ça y est, ça marche…

VALENTIN apparaît alors, les bras chargés de deux bouteilles de plongée sous-marine et d’un sac à dos. Stupeur de LUDO et d’ALBAN…

LUDO (à Valentin)
C’est pour quoi faire ?

VALENTIN (très conspirateur)
On sait jamais…

Il pose son sac, l’ouvre et en sort des masques à gaz… LUDO et ALBAN pouffent de rire…

LUDO
Mais… Hé ! On fait un journal clandestin. On prépare pas la troisième guerre mondiale…

VALENTIN (vieux malin)
On sait jamais.

Il sort ensuite un livre de son sac. ALBAN s’en empare.

ALBAN (lisant le titre)
« Le Robinson moderne. Manuel de survie ». Sympa…

LUDO
Comment t’as eu tout ça ?

VALENTIN (remontant déjà à la surface)
T’inquiètes, j’ai négocié…

LUDO
T’as négocié quoi ? On n’a pas de sous…

VALENTIN
T’inquiètes, je te dis.

Soudain, MARIE-JO sort de sa torpeur…

MARIE-JO
Hé ! Ecoutez… Ecoutez…

LUDO et ALBAN se tourne vers elle. Elle fait revenir la bande en arrière et lance la lecture de l’enregistrement. Malheureusement, elle n’a pas branché le haut-parleur et elle est la seule à entendre, dans son casque.

MARIE-JO
Vous vous rendez compte ! C’est fou !

LUDO
Si tu branchais le haut-parleur, ça serait mieux.

MARIE-JO, le casque sur les oreilles, n’entend pas LUDO. Elle retire le casque.

MARIE-JO
C’est fou ! Non ?

LUDO
On n’a rien entendu…

MARIE-JO
Mais si ! C’est le deux types du stade… Le patron de l’usine d’insémination et le conseiller municipal. J’ai pas fais gaffe… J’avais pas arrêté mon magnéto. J’ai enregistré toute leur conversation… C’est un sacré scoop, ça !

LUDO
Mais on te dit qu’on n’a rien entendu. T’as pas branché le haut-parleur…

MARIE-JO
Ah, pardon !

Tandis qu’elle rembobine la bande, VALENTIN apparaît, cette fois avec une batterie de voiture dans les mains…

LUDO (à Valentin)
Mais, ça va pas ?! Qu’est-ce qu’on va faire d’une batterie ?

VALENTIN
On sait jamais ! Imagine que y’a plus d’électricité…

ALBAN (examinant la batterie)
Mais elle est neuve… !

VALENTIN
Malin ! J’allais pas en prendre une foutue !

LUDO
Tu l’as payée comment ?

VALENTIN
T’inquiètes… Echange de service.

MARIE-JO arrête la bande et lance la lecture. Mais cette fois, elle branche le haut-parleur… Les JOURNALISTES entendent alors les voix des deux hommes…

VOIX N°2 [Le patron de l’usine]
Le terrain du Mont des Oiseaux m’a coûté une fortune… Je ne peux pas laisser passer une affaire pareille…

VOIX N°1 [Le conseiller municipal]
Je sais. Mais je ne suis que conseiller municipal, je n’ai pas tous les pouvoirs…

VOIX N°2
Moi, je suis sûr au contraire que vous pouvez faire beaucoup… Vous n’êtes pas pressé d’avoir l’autre moitié du « cadeau »… ?

[Puis reprise du dialogue de la scène 5]

MARIE-JO arrête la bande. Elle rembobine. Les JOURNALISTES sont bouche bée.

LUDO
Le « cadeau » ? Quel cadeau ?

ALBAN
Devine… Un chèque, sûrement…

LUDO
Attends… attends… Mais là, c’est très grave.

MARIE-JO
Joli scoop, hein ?

VALENTIN
Là, on met le doigt sur un gros coup… On a intérêt à rester planquer ici longtemps…

LUDO
Bon. Marie-Jo, tu files à la mairie. Tu vérifies tout… L’histoire du permis de construire… Tout…

MARIE-JO
Tu crois qu’ils vont vouloir me le dire ?

ALBAN
Mais oui ! T’as qu’à dire que t’as un exposé à faire sur… je sais pas… les usines de truc-boule, et puis voilà…

LUDO
C’est trop gros… Non, t’inventes un truc plus discret… Faut qu’ils se doutent de rien…

VALENTIN (narquois)
La culture des masques à gaz !

LUDO, ALBAN et MARIE-JO hausse les épaules…

MARIE-JO
Je vais me débrouiller…

Elle quitte la cave d’un pas très décidé…

VALENTIN (aux autres)
Vous venez m’aider ?… Y’a des cartons là-haut…

LUDO
C’est quoi, ces cartons…

VALENTIN
On sait jamais…

Scène 9
bureau mairie - int/jour
Marie-jo - employé

MARIE-JO entre dans un bureau de la mairie. Un EMPLOYÉ d’un certain âge, vêtu d’un costume sombre, très distingué, est assis à une table.

MARIE-JO
Bonjour, monsieur. On m’a dit de m’adresser à vous, que vous saviez tout…

EMPLOYÉ
Je travaille ici depuis trente ans…

MARIE-JO (stupéfaite)
Dans le même bureau ?!

EMPLOYÉ
Oui…

MARIE-JO
Oh là là ! Moi, je pourrais pas…

EMPLOYÉ
Personne ne vous oblige.

L’EMPLOYÉ se lève et va ranger un dossier dans un tiroir.

EMPLOYÉ
Quel est l’objet de votre visite ?

MARIE-JO
L’objet, c’est… un exposé que je dois faire sur… les projets d’urbanisme de la ville. Et… et… j’ai besoin de doc.

EMPLOYÉ
Bien. Quel genre de projets, quel genre de « doc » ?

MARIE-JO
Tout ce qui est moderne… tout ce qu’on construit… dans la ville… à l’extérieur de la ville…

EMPLOYÉ
Ça fait beaucoup… ! Vous devez le faire quand, votre exposé ?

MARIE-JO
C’t’aprèm…

EMPLOYÉ (surpris)
Ah… Parce que vous voyez, les projets de la ville, ça commence là (il montre un premier tiroir) et ça finit là (il montre un tiroir à l’autre extrémité du meuble). Vous êtes obligée de tout traiter ? Vous ne pouvez pas aborder un aspect seulement ?

MARIE-JO
Bah, c’est pas moi… c’est le sujet qu’est comme ça…

EMPLOYÉ
Bon. Attendez, je crois que la mairie a été une petite brochure sur ses projets d’urbanisme. Je vais voir.

MARIE-JO
Oh bah, ça, ça tombe à pic…

EMPLOYÉ
Je reviens…

L’EMPLOYÉ sort. MARIE-JO, immédiatement, se précipite vers les derniers tiroirs du meuble et commence à fouiller dans les dossiers. Elle en sort un, deux, trois… et enfin…

MARIE-JO
Voilà ! (Elle lit le tire) « Projet du Mont aux Oiseaux ». C’est ça ! (Elle ouvre le dossier) « Vente du terrain dit « Le Mont aux Oiseaux » à la société Bio-Ordures ». (Elle répète :) Société Bio-Ordures. (Elle continue de feuilleter le dossier) « Permis de construire n°…… » Pas de numéro !

Elle entend la porte du bureau s’ouvrir. Elle replace le dossier précipitamment et fait l’innocente.

L’EMPLOYÉ entre avec une petite brochure dans la main…

L’EMPLOYÉ (lui tendant la brochure)
Voilà. Il n’y a pas tout. Mais les projets essentiels sont là…

MARIE-JO (prenant la brochure)
Super ! Je sens que ça va me plaire… ! Merci.

L’EMPLOYÉ (la retenant)
Vous savez, il y a beaucoup de choses intéressantes à dire sur la ville. Les projets, c’est bien beau, mais l’histoire, l’HISTOIRE ça, c’est excitant…

MARIE-JO
Moi, je préfère la géo…

L’EMPLOYÉ
Savez-vous qu’en 1562, à la place du parc des Ducs, il y avait une carrière qui servait de refuge aux protestants…

MARIE-JO (faussement intéressée)
Non !?

L’EMPLOYÉ
Il a suffi d’un seul coup de canon pour les tuer tous. Les galeries se sont effondrées. 57 morts. D’un coup. Pris dans la souricière. Voilà. Vous n’imaginiez pas qu’il y avait autant de morts en morceaux, sous vos pieds, quand vous vous promeniez dans le parc…

MARIE-JO (pétrifiée)
Non. (Un temps) Bon. Je m’en vais.

L’EMPLOYÉ
Revenez quand vous voulez… C’est passionnant l’histoire…

MARIE-JO
Oui, ça a l’air… Au revoir…

Scène 10
cave café parents ludo - int/jour
ludo - alban- valentin - marie-jo - remi

ALBAN et LUDO sont dans la cave. LUDO tape un texte à l’ordinateur. ALBAN s’affaire sur une vieille photocopieuse à alcool qu’il n’arrive pas à faire marcher.

Il s’arrête et vient s’asseoir en face de LUDO. Il paraît plongé dans une profonde méditation.

ALBAN
Tu vois, des fois, ça me panique, la fin du monde…

LUDO
Tu vas pas remettre ça ! C’est juste une usine de traitement d’ordures qui va polluer toute la région. Et encore, avec notre article, y’aura jamais d’usine… alors…

ALBAN
Mais admets que ce soit la fin du monde, et qu’on soit les seuls survivants. Admets…

LUDO (un rien agacé, mais écoutant quand même)
Ouais…

ALBAN
Faudrait tout reconstruire… tout réinventer…

LUDO
Ouais…

ALBAN
Bah, je me dis qu’on apprend rien en classe. J’arrive même pas à faire marcher la photocope. T’imagines s’il faut piloter un avion ou rebrancher les standards téléphoniques. Je pourrai pas…

LUDO
Qu’est-ce que ça peut faire ?

ALBAN (retournant vers la photocopieuse)
Ouais, remarque, t’as raison. Le téléphone, les avions, les photocopes, tout ça, ça nous servira plus à rien…

LUDO (replongé dans son article)
Bah non.

ALBAN
Et pour les enfants, comment on va faire ?

LUDO
Y’a Marie-Jo.

VALENTIN arrive, les bras chargé d’un gros carton.

LUDO
Qu’est-ce que t’as encore amené ?!

VALENTIN pose le carton, l’ouvre et en sort des couvertures de survie en amiante.

VALENTIN
Ça, c’est super utile. Surtout la nuit…

LUDO
Mais t’es complètement barge !

VALENTIN
Tu verras… Tu seras bien content de les trouver !

VALENTIN continue à vider son carton. Il sort des boîtes de conserve.

VALENTIN
J’en ai pris pour tous les goûts…

ALBAN examine les boîtes au fur et à mesure que VALENTIN les sort.

ALBAN
Cassoulet… Lichees… Ravioli (Beurk !)… Chili con carne… Paella… Couscous…

LUDO
Mais vous êtes en plein délire, les mec. Et avec quoi t’as payé tout ça…

VALENTIN
T’inquiètes. Echange de service.

Tandis qu’ALBAN finit de vider le carton, VALENTIN sort de la poche de son blouson une pochette de photographies…

VALENTIN
J’ai les photos de Marie-Jo… Elles sont toutes floues…

VALENTIN les jette sur la table… LUDO les examine…

LUDO
Bonjour ! C’est raté… Complètement raté…

VALENTIN
Remarque, elles sont tellement floues qu’on peut les passer pour n’importe quel article. Ça peut être du football, du rugby, du hockey sur gazon… On fera pas la différence…

Pendant que VALENTIN parle, LUDO examine les photos. Soudain, son attention est attirée par l’une d’elles…

LUDO
Hé ! Regardez sur celle-là…

VALENTIN et ALBAN se penchent sur la photo…

LUDO
Regardez, dans le fond… On voit les deux types de Marie-Jo…

ALBAN et VALENTIN se penchent sur les photos. On voit l’équipe de football, floue, mais la mise au point est faite sur l’arrière plan où se trouvaient les deux hommes de la séquence 6.

ALBAN et VALENTIN
Oh !…

LUDO
Dur ! Le conseiller est de dos.

ALBAN
Faudrait les agrandir…

VALENTIN
Passe-les moi, je vais demander à mon photographe.

LUDO (tout excité)
Je sens qu’on le tient, notre homme… !

Scène 12
RUE PHOTOGRAPHE
valentin

VALENTIN sort de chez un photographe. Sur le trottoir, il ouvre une pochette de photos et les examine l’une après l’autre. Il paraît un peu déçu au début, puis il réfléchit, regarde plus attentivement certaines photos, et une idée lumineuse semble germer dans son esprit.

Il replace les photos dans la pochette et s’éloigne.

Scène 13
cour college - ext/JOUR
Ludo - alban - valentin - marie-jo - remi

Dans la cour du collège, LUDO, ALBAN, MARIE-JO et REMI attendent VALENTIN. Celui-ci arrive, avec les photos…

LUDO (à Valentin)
Alors ?

VALENTIN tend les photos à LUDO qui commence à les regarder avec les autres…

VALENTIN
C’est de la soupe… On ferait mieux de consulter un voyant…

LUDO (déçu)
Ah ! Tu parles… ! Ils sont de dos ! Comment tu veux reconnaître le conseiller municipal ?! (À Marie-Jo) T’es nul ! On voit rien !

MARIE-JO
Excuse-moi… Je pouvais pas savoir… C’est des photos de footballeurs, au départ, alors, forcément…

LUDO
Bon, bah, on est coincés.

MARIE-JO (regardant les photos)
Attends ! Attends… La voiture ! Mais oui ! La voiture… ! C’est la voiture du conseiller municipal. Si on retrouve la voiture, on retrouve le type… Un tas de boue comme ça, y’en a pas des milliers…

REMI (prenant les photos)
Fais voir… (Il regarde les photos) Dommage, on voit pas la plaque d’immatriculation…

VALENTIN
Caro… ! Y’a qu’à demander à Caro. Sa mère est au conseil municipal… Elle doit savoir qui a ce tas de boue…

LUDO
Mais ouais ! Où elle est Caro ?

ALBAN
Sauf que Caro, elle fait plus partie du journal…

LUDO
Mais là, c’est pas pareil. C’est une urgence… C’est tout qu’est en jeu… La pollution… la fin du monde… Nos poumons… Nos ordures… Non ?

REMI
Je vais essayer de la convaincre…

ALBAN (très solennel, en plaisantant)
Colonel Rémi, nous te confions cette mission. C’est le sort de la France, et même du monde, qui est entre tes mains…

REMI (sur le même ton)
Rendez-vous au Q.G.… !

Il fait le salut militaire. Les JOURNALISTES répondent de même.

Scène 14
cour collège (autre endroit) - ext/jour
remi - caroline

REMI et CAROLINE marchent dans la cour. On les prend en pleine conversation.

REMI
Je sais que c’est pas facile pour toi…

CAROLINE
J’ai promis à ma mère… Elle va pas bien en ce moment… Elle est pas loin de craquer…

REMI
Je comprends…

Ils continuent de marcher en silence…

REMI
Faut juste essayer de savoir à qui est cette voiture…

Il lui remontre la photographie. CAROLINE la regarde distraitement.

CAROLINE
Si je pose une question à ma mère, elle va se douter de quelque chose.

REMI
On a vraiment besoin que tu nous aides…

CAROLINE regarde REMI. On sent qu’elle hésite… Ses amis… Sa mère…

CAROLINE
Ah ! Ça tombe vraiment mal… !

REMI
Tu réfléchis… ?

CAROLINE
Oh, non… C’est pas possible. Pas en ce moment… Pas en ce moment…

Elle s’éloigne en courant pour ne pas en dire plus.

Scène 15
living maison mère de caro - int/jour
caroline - mme chaumette - conseiller municipal

CAROLINE est seule chez elle. Elle est assise par terre et fait ses devoirs sur la table basse du salon. Mais le cœur n’y est pas. Elle s’arrête souvent et repense à sa conversation avec Rémi. Certaines phrases lui reviennent en mémoire…

[REMI (off)
On a vraiment besoin que tu nous aides…]

CAROLINE pose son stylo, se lève et marche dans le living. Elle s’approche de la fenêtre, et se perd dans ses pensées…

Soudain, on entend un bruit de voiture. CAROLINE écarquille les yeux.

On voit alors la voiture du CONSEILLER MUNICIPAL s’arrêter devant la maison et MME CHAUMETTE en descendre. Elle salue son collègue. La voiture s’éloigne. MME CHAUMETTE se dirige vers sa maison.

CAROLINE est soudain prise d’un doute… Que va-t-elle faire ? Ne rien dire ? Questionner sa mère ? L’occasion est trop belle… Elle devient nerveuse…

MME CHAUMETTE entre dans le living. Elle semble épuisée.

Mme CHAUMETTE
Ces réunions n’en finissent pas ! Tout ça pour quoi… ? Il n’en sort jamais rien !

CAROLINE (mine de rien)
Qui c’était ?

Mme CHAUMETTE (un peu surprise)
Comment ?

CAROLINE
Celui qui t’a ramenée…

Mme CHAUMETTE
Henri ?

CAROLINE (essayant de plaisanter)
T’as pas peur de monter dans une voiture pareille ?!

Mme CHAUMETTE
Je ne suis pas trop rassurée, non… ! Il m’a dit qu’il allait en acheter une neuve, bientôt…

CAROLINE (innocente, plongeant le nez dans ses devoirs)
Ah, oui…

MME CHAUMETTE s’approche de CAROLINE et jette un œil sur son cahier…

Mme CHAUMETTE
Qu’est-ce que tu as à faire ?

CAROLINE
Oh, c’est rien… Faut mettre la ponctuation dans un texte…

Mme CHAUMETTE
Tu me montreras quand tu auras fini ?

CAROLINE
Oui…

MME CHAUMETTE sort du living. Dès qu’elle est seule, CAROLINE s’arrête d’écrire et retombe dans ses pensées… Elle se souvient de nouveau des paroles de Rémi…

[REMI (off)
On a vraiment besoin que tu nous aides…]

Scène 16
cave café parents ludo - int/jour
ludo - alban- valentin - marie-jo - remi - caroline

ALBAN et MARIE-JO sont seuls dans la cave avec VALENTIN qui déballe un nouveau carton… Cette fois, il “fait” dans le matériel de camping… Il sort une lampe à gaz et des bouteilles de Butane…

VALENTIN
J’ai pris des trucs super pratiques… (Il sort ensuite une bobine de ficelle) Ça… On sait jamais, ça peut servir… (Il sort une trousse de premiers soins d’urgence) Ça, c’est indispensable… Y’a du sérum, dedans, si on se fait piquer par un serpent…

ALBAN
Ça marche aussi avec les rats ? Parce qu’ici… les serpents…

MARIE-JO (effrayée)
Me dis pas qu’y’a des rats !

VALENTIN
Ça marche avec tout, les serpents, les rats, les araignées…

MARIE-JO
Ah, non ! Me parle pas d’araignées !…

VALENTIN continue de déballer son matériel… Assiettes, verres en plastique, nécessaire de couture, couteau de survie, tendeurs… ALBAN et MARIE-JO, amusés, se regardent…

MARIE-JO
Pourquoi on fait pas un pique-nique, dimanche ?

À ce moment, LUDO arrive dans la cave. Il est particulièrement réjoui. Il imite un roulement de tambour…

LUDO
Mesdames, messieurs, voici le finaliste !

MARIE-JO
T’as gagné ?!

LUDO
Evidemment !

LES AUTRES
Ouais !

LUDO
Pas d’autographe, pas d’autographe… Le plus dur est pour dimanche… La FI-NALE… (Re-roulement de tambour) Ouaiaiaiais !

MARIE-JO (montrant à Ludo le matériel apporté par Valentin)
On fera le pique-nique après…

LUDO (surpris, à Valentin)
Mais qu’est-ce que c’est encore tout ça… ?

VALENTIN (installant son matériel sur les étagères de la cave)
Marrez-vous, marrez-vous… Vous me remercierez, plus tard…

Occupés à charrier VALENTIN, les JOURNALISTES ne voient pas arriver CAROLINE.

CAROLINE (timidement)
Bonjour…

Les JOURNALISTES se retournent. Surprise !

LUDO
Caro !…

CAROLINE hésite, puis, doucement, lance…

CAROLINE
C’est Henri Jobert-Dupin… (Un petit temps) Henri Jobert-Dupin… (Un autre petit temps) Voilà…

Puis, aussi discrètement qu’elle est arrivée, CAROLINE s’en va. Personne n’ose lui dire quoi que ce soit… Les JOURNALISTES la laissent s’en aller…

ALBAN
Henri Frémont… (Se tournant vers Ludo) Bah voilà, y’a plus qu’à écrire l’article, maintenant…

LUDO
Hé, vous savez quoi ? Henri Jobert-Dupin, c’est le type contre qui je joue en finale, dimanche…

ALBAN
Oh ?!

MARIE-JO (tueuse)
Tu l’assassines… ! Tu le démolis ! Tu l’écrabouilles !

LUDO
Hé ! C’est pas de la boxe !

MARIE-JO
Non, c’est la guerre ! Un vendu pareil ! Quand je pense qu’il a reçu du fric pour noircir nos poumons !

VALENTIN
Faudrait le badigeonner avec du goudron, ça lui ferait les pieds… Je vais voir si je peux pas en trouver…

LUDO
Mais, dis donc, t’as gagné au loto, toi, ou quoi ?

VALENTIN
J’ai convaincu plein de gens de nous aider dans notre lutte…

LUDO
Gratos…

VALENTIN
C’est tout comme…

ALBAN
Je parie qu’il leur a vendu une place dans notre abri… ! À la première alerte, on va voir débarquer tous les commerçants du coin… !

À ce moment, une sirène d’alerte retentit. Les JOURNALISTES sont pétrifiés d’horreur. ALBAN est comme illuminé !

ALBAN
Ça y est ! Le grand jour est arrivé !

VALENTIN (se tapant les poches, paniqué)
Damned ! J’ai oublié d’acheter des allumettes !

LUDO
On met les masques ?

Panique chez les JOURNALISTES. VALENTIN plonge dans un des cartons et distribue les masques, les couvertures de survie… C’est le grand branle-bas de combat !

Dès qu’ils sont en tenue, les JOURNALISTES s’assoient par terre et se regroupent. Curieusement, le bruit de la sirène augmente… Les JOURNALISTES se bouchent les oreilles.

Ils voient alors apparaître REMI, qui tient une sirène portative. REMI éclate de rire en voyant la mine ahurie des JOURNALISTES (sous leurs masques à gaz) !

REMI arrête la sirène…

REMI
J’ai pensé que ça serait utile !

Les JOURNALISTES se regardent, un peu honteux de s’être fait prendre au piège. LUDO n’apprécie pas. Il retire rageusement son masque.

LUDO
C’est malin…

ALBAN (retrouvant sa dignité)
Ça fait un bon exercice… Comment ça va là-haut ?

REMI
Et vous ? Où vous en êtes ?

ALBAN
On en est que Caro est venue…

REMI (surpris, et satisfait)
Ah… Alors ?

MARIE-JO
C’est Henri Jobert-Dupin, le vendu !

REMI
Très intéressant… (À Ludo) C’est le président de ton club…

LUDO
Ouais… Et je le rencontre dimanche en finale…

MARIE-JO
Ça va être sanglant !

REMI
Attends… Je crois que j’ai une idée… Faut faire une interview de lui, après le match… Il va pas se méfier… On lui pose deux trois questions sur sa victoire, et après, vlan ! on le prend par surprise, on lui parle de l’usine…

LUDO
Et si c’est moi qui gagne ?

REMI
Bah, ça sera pas toi…

LUDO
Je peux très bien le gagner… Il a au moins trente balais… En deux sets, je l’épuise facile…

REMI
Non, t’as pas compris… Tu le laisses gagner…

LUDO
Mais jamais… ! La honte !

Grand silence. REMI, ALBAN, VALENTIN et MARIE-JO regardent fixement LUDO.

LUDO ne dit rien puis soudain il explose. De rage, il envoie son masque à gaz dans les boîtes de conserve que VALENTIN avait disposées en pyramide sur une étagère.

LUDO
Ça tombe toujours sur les mêmes !

La pyramide s’écroule !

ALBAN
Gagné !

Scène 17
au tennis-club - ext/JOUR
juge-arbitre - jobert-dupin - remi - ludo - alban - valentin - marie-jo

Un JUGE-ARBITRE remet la Coupe au vainqueur du tournoi, JOBERT-DUPIN, sous les applaudissements de l’assemblée. Les spectateurs se dispersent et REMI et les JOURNALISTES viennent entourer JOBERT-DUPIN qui les accueille avec sourire tandis que le JUGE-ARBITRE se retire.

LUDO, lui, a sa tête des mauvais jours… REMI s’est fait un look à la “Colombo”. Il porte en bandoulière le magnéto de MARIE-JO et tient un micro à la main.

REMI
Félicitations, Monsieur Jobert-Dupin, vous faites honneur à votre club. Vous êtes prêt pour l’interview ? Je vous présente mes collaborateurs : l’équipe du journal du collège. Ils sont très impressionnés : un match gagné en trois sets !

LUDO blêmit.

JOBERT-DUPIN (jouant les modestes)
C’est le combat qui les a séduits ! Sans le courage de mon jeune adversaire, Ludovic Giraud, il ne se serait rien passé !

LUDO tente de sourire, vainement. Il serre sa raquette dans son dos et en triture férocement les fils.

LUDO (complètement raide)
Honneur au gagnant ! (Plus bas) On ne choisit pas toujours son camp…

REMI
Monsieur Jobert-Dupin, en trois mots, votre impression ?

JOBERT-DUPIN
En cinq mots, si vous le permettez : le sport, c’est la santé !

REMI
Sportif, père de famille, citoyen actif, qu’êtes-vous encore ? Un militant ? Un homme d’affaires ?

JOBERT-DUPIN
Rien de tout cela ! Un simple employé des postes qui se dévoue pour la commune, pour la jeunesse…

MARIE-JO
Aimez-vous les oiseaux ?

JOBERT-DUPIN (souriant)
Enormément ! Mais plutôt dans mon assiette. Pardonnez-moi, je suis aussi un chasseur !

ALBAN
Vous aimez donc la nature, le grand air… Que pensez-vous de la pollution ?

JOBERT-DUPIN
Grave question. Elle me préoccupe. Il faut empêcher qu’elle devienne un mal nécessaire.

VALENTIN
Mais comment ? Il faut bien vendre des voitures et brûler nos ordures… Avez-vous visité notre stade ?

JOBERT-DUPIN (un peu étonné)
Euh… oui, naturellement. Il fait la fierté de notre commune…

REMI
Croyez-vous que les activités du stade soient menacées ?

JOBERT-DUPIN
Mais par quoi ? Par qui ?

VALENTIN
Par des promoteurs !

MARIE-JO
Et des pollueurs !

JOBERT-DUPIN scrute les visages des JOURNALISTES. Il se raidit.

JOBERT-DUPIN
Nous nous éloignons du tennis, j’ai l’impression…

MARIE-JO
Mais on se rapproche du stade et de son futur air pourri !

ALBAN
Vous aimez les usines ?

JOBERT-DUPIN (à Rémi)
Ils sont comme ça tout le temps ?!

REMI (très flegmatique)
C’est le projet d’usine d’incinération, près du stade, qui les met dans cet état… Vous êtes au courant ?

JOBERT-DUPIN sent le piège. Il ramasse ses affaires.

JOBERT-DUPIN
Vaguement… Enfin… Non, pas vraiment ! Qui vous en a parlé ?

REMI (toujours flegmatique)
Une rumeur… Une affaire pas très nette de pot-de-vin…

JOBERT-DUPIN a l’air piqué par une guêpe. Il tente de s’éloigner. Les JOURNALISTES le poursuivent en continuant à l’interroger…

MARIE-JO
Nous, on pensait que vous saviez…

JOBERT-DUPIN
Et comment je le saurais ?

MARIE-JO
C’est écrit sur le chèque…

JOBERT-DUPIN
Attention, mademoiselle, pas d’écart de langage !

VALENTIN
“Chèque”, c’est pas un gros mot… !

JOBERT-DUPIN
Les esprits s’échauffent. Allons, du calme !

ALBAN
Et à l’usine aussi, ça va chauffer !

VALENTIN
Et ça va puer, surtout !

MARIE-JO
Sans parler de nos petits poumons… !

JOBERT-DUPIN est arrivé près de sa voiture. Ce n’est plus le “tas de boue” du début, mais une superbe berline.

LUDO (voyant la voiture)
Ça rapporte, la poste !

ALBAN
Les chèques postaux, surtout !

JOBERT-DUPIN (visage crispé, regardant sa montre)
L’interview est terminé. On m’attend à la mairie… Désolé !

Il monte dans sa voiture. Les JOURNALISTES le regardent s’éloigner…

ALBAN
Pot-de-vin… Peau-de-banane… Il est cuit !

VALENTIN
Cette nuit, grand tirage à la photocope…

Les JOURNALISTES s’éloignent à leur tour…

LUDO
Et demain, le scandale éclabousse toute la ville ! Splash !!!

MARIE-JO
Et après-demain, on se barricade dans la cave…

ALBAN
Avec les rats !

MARIE-JO
Beurk !

VALENTIN (en pinçant Marie-Jo)
Et les serpents…

MARIE-JO
Arrêtez ! Vous êtes bêtes !

Scène 18
COUR collège - ext/JOUR
Ludo - VALENTIN - des élèves

Dans la cour du collège, LUDO vend le journal…

LUDO (criant la Une du journal)
« Bas les masques à gaz ! Toute la vérité sur les ordures de la ville ! » 5 francs. Signez la pétition pour la mairie ! (Il vend un journal) « Bas les masques à gaz ! Toute la vérité sur les ordures de la ville ! » 5 francs. Signez la pétition pour la mairie !

À côté de lui, VALENTIN fait signer la pétition…

Scène 19
Cave café parents ludo - int/JOUR
ludo - alban - valentin - marie-jo

LUDO, à la machine, tape les dernières lignes de son article…

LUDO (lisant ce qu’il tape)
« Vous pouvez empêcher ce massacre en signant notre pétition contre Jobert-Dupin… » Voilà. (Il arrache le stencil de la machine à écrire). Avec ça, l’ordure est grillée !

ALBAN
Très drôle… !

LUDO
Bon, allez. On a cours. On tirera le journal demain…

MARIE-JO
Ça va faire un de ces bruits !…

Les JOURNALISTES quittent la cave…

Scène 20
café parents ludo - int/JOUR
ludo - alban - valentin - marie-jo - m. giraud - jobert-dupin - clients (figurants)

Des clients sont accoudés au comptoir du bar. JOBERT-DUPIN sortant des toilettes va rejoindre deux amis au comptoir. M. GIRAUD essuie des verres…

M. GIRAUD (à Jobert-Dupin, en plaisantant)
Vous avez battu mon fils dimanche, je sais pas si je vous offre l’apéro… !

JOBERT-DUPIN (trinquant avec ses amis et M. Giraud)
Tant pis. Boire ou gagner une finale, j’ai choisi !

M. GIRAUD et JOBERT-DUPIN rient de bon cœur.

À ce moment, les JOURNALISTES sortent des toilettes du café et traversent la salle pour sortir.

LUDO
Le journal va pas rester longtemps clandestin après ce coup-là…

VALENTIN
On fera une version internationale…

ALBAN
Comme ça, on pourra annoncer la fin du monde au monde entier … !

Ils sortent dans la rue. JOBERT-DUPIN n’a pas perdu une miette de leur conversation. Il paraît très intrigué. Il quitte son tabouret de bar.

JOBERT-DUPIN (à ses deux amis)
Excusez-moi deux secondes…

M. GIRAUD
Encore !

JOBERT-DUPIN
La bière…

Il se repart vers les toilettes…

M. GIRAUD (aux deux hommes)
J’espère qu’il met des couches-culotte pour jouer au tennis, celui-là. Ah ! Ah !

LES CLIENTS
Ah ! Ah !

Scène 21
Toilettes café - inT/jour
jobert-dupin

JOBERT-DUPIN pousse la porte des toilettes du café. Il y a un petit réduit avec deux portes. Sur l’une est marqué “WC”, sur l’autre “PRIVE”. Après une hésitation, il pousse la porte “PRIVE”. On voit le haut de l’escalier de la cave… Il entre et s’engage dans l’escalier…

Scène 22
cave café parents ludo - INT/jour
jobert-dupin

JOBERT-DUPIN arrive dans la cave. Il découvre la rédaction clandestine. Il a un petit sourire. Avec des airs d’espions, il commence à farfouiller… Il lit l’article de Ludo… s’inquiète. Il découvre les agrandissements de sa lettre et de la demande de permis de construire. Il est très surpris… et inquiet. Il sent que le scandale va éclater. Il hésite un instant puis se décide à empêcher l’irrémédiable…

Il prend le stencil de l’article, le déchire et glisse les morceaux dans sa poche. Il fait de même avec les agrandissements… Il vole aussi les négatifs, ceux du terrain de football et ceux des documents du dossier… Pour parachever son œuvre, il ouvre une boîte de sauce tomate apportée par Valentin et en répand le contenu sur la photocopieuse et sur la machine à écrire…

Puis, avec un petit sourire de satisfaction, il sort de la cave…

Scène 23
café parents ludo - int/jour
jobert-dupin - m.giraud - clients (figurants)

JOBERT-DUPIN revient au comptoir…

M. GIRAUD (goguenard)
Ça va mieux !

JOBERT-DUPIN (au second degré)
Oui… Beaucoup mieux…

Il prend son verre et trinque avec ses amis…

JOBERT-DUPIN
À ma victoire !…

Scène 24
cave café parents ludo - int/jour
ludo - valentin - alban - marie-jo - remi

Les JOURNALISTES et REMI constatent avec désolation l’ampleur des dégâts. Ils sont atterrés… Il y a un long silence… VALENTIN essaie de détendre l’atmosphère…

VALENTIN
Pour la sauce tomate, c’est pas grave, j’en aurai d’autre…

LUDO
Qui c’est qu’a pu faire un coup pareil…

REMI
Devine…

LUDO
Le Principal ? Comment il aurait su ?

ALBAN (très “réseau de la Résistance”)
Il y a un traitre parmi nous…

Les JOURNALISTES se regardent… Tous les regards convergent vers REMI…

REMI (se sentant visé)
Ça va pas ! C’est moi qui ai eu l’idée…

Les JOURNALISTES hésitent…

ALBAN
Alors, c’est Caro…

LUDO
Arrête ! Pas Caro !

ALBAN
Alors qui ?

LUDO
Jobert-Dupin !

LES AUTRES
Quoi ?!

LUDO (croyant très fort à son idée)
Mais oui ! Il est venu hier prendre un pot au comptoir. C’est mon père qui me l’a dit…

MARIE-JO
Et tu crois…

LUDO
Mais oui !

ALBAN
Alors là, il a signé son arrêt de mort…

REMI
Ouais… Sauf qu’on n’a plus de matériel et plus de preuves…

MARIE-JO (prise d’une illumination)
Si ! Y’a la bande ! Y’a ce que j’ai enregistré !

Les JOURNALISTES reprennent espoir. MARIE-JO va fouiller dans un carton. Ouf ! La bande magnétique est toujours là !

LES AUTRES
Ouais !

Scène 25
BUREAU PRINCIPAL ludo - valentin - alban - marie-jo - remi - le principal

Les JOURNALISTES sont réunis dans le bureau du PRINCIPAL avec REMI. Sur le bureau est posé le magnétophone qui diffuse l’enregistrement de MARIE-JO. On entend les voix des deux hommes…

VOIX N°1 [Le conseiller municipal]
Je sais. Mais je n’ai pas tous les pouvoirs…

VOIX N°2
Je comprends. Je vais faire accélérer l’envoi de votre “petit cadeau”…

MARIE-JO arrête le magnétophone. Le PRINCIPAL est très perplexe.

LE PRINCIPAL
Evidemment, c’est assez grave… Vous êtes sûrs que c’est Jobert-Dupin ?

REMI
Sûrs… D’ailleurs, si vous voulez… on l’a enregistré après sa victoire, dimanche… vous verrez que c’est la même voix…

LE PRINCIPAL
Je vous crois… Je vous crois… Que fait-on ?

REMI (au second degré)
On arrête l’exposition sur les métiers d’avenir…

LE PRINCIPAL (avec un sourire complice)
Je vois, je vois… (Aux journalistes) J’avoue que vous me surprenez… (Les journalistes sont tout fiers) Je vous préfère comme ça qu’en dessinateurs d’épouvantails…

Les JOURNALISTES, un peu confus, baissent la tête…

Scène 26
COUR collège - ext/JOUR
Ludo - valentin - des élèves

Dans la cour du collège, LUDO vend le journal…

LUDO (criant la Une du journal)
« Bas les masques à gaz ! Toute la vérité sur les ordures de la ville ! Un conseiller municipal pourri… » 5 francs. Signez la pétition pour la mairie ! (Il vend un journal) « Bas les masques à gaz ! Toute la vérité sur les ordures de la ville ! Un conseiller municipal pourri… » 5 francs. Signez la pétition pour la mairie !

À côté de lui, VALENTIN fait signer la pétition…

Scène 27
Séquence clippée
journalistes - remi - conseiller municipal

Séquence très rapide, muette, lieux différents.

19-A - COLLEGE
Les pétitions arrivent de partout. Les JOURNALISTES les ramassent.

19-B - EN VILLE
Le journal local prend le relais du vilain petit canard. REMI l’achète pour le lire. Il est ravi.

19-C - MAIRIE
Tempête au conseil municipal. JOBERT-DUPIN quitte la pièce, personne ne le retient…

19-D - COMPLEXE SPORTIF
Le panneau du permis de construire disparaît sous les acclamations des ELEVES présents sur le stade. L’OUVRIER, enchanté, prend les applaudissements pour lui et salue la foule… !

Scène 28
living maison mère caroline - int/JOUR
caroline - mme chaumette

CAROLINE est en pleine explication avec sa mère. MME CHAUMETTE garde une expression sévère mais dénuée de colère.

Mme CHAUMETTE
Je ne te parle pas de l’usine… Je suis d’accord avec toi… C’est scandaleux… Je te parle de ta collaboration au journal. Tu m’avais fait une promesse et tu ne l’as pas tenue…

CAROLINE
Maman, je leur ai juste donné un nom !

Mme CHAUMETTE
Le problème n’est pas là…Tu continuais à faire ton enquête alors que je te l’avais interdit…

CAROLINE
J’allais pas les laisser chercher sans rien dire… ! T’aurais préféré qu’on construise l’usine à ordures et que ton Jobert-Dupin s’en mette plein les poches… ?

MME CHAUMETTE ne sait que répondre. Elle pousse un profond soupir de découragement…

CAROLINE (implorante)
Maman, j’y crois à ce journal… Laisse-moi continuer…

MME CHAUMETTE regarde sa fille, hésite…

Mme CHAUMETTE
Ah, toi, quand tu as une idée en tête… Je me demande de qui tu tiens…

CAROLINE (prenant sa mère par le cou)
Devine…

Scène 29
COUR collège - ext/JOUR
LES JOURNALISTES - RÉMI - des élèves

REMI s’approche des JOURNALISTES.

REMI
Bonne nouvelle !… Pour vous remercier de votre action, la mairie a décidé d’offrir au journal une photocopieuse toute neuve… et couleur !

Dans la foule, les JOURNALISTES (LUDO, ALBAN, VALENTIN et MARIE-JO) exultent de joie. Seul VALENTIN paraît un peu moins réjoui.

LES JOURNALISTES (sautant de joie)
Ouais !

VALENTIN (un peu gêné, sortant une feuille de papier de sa poche)
Euh… Justement, à propos de matos, faut que je vous dise (Il commence à lire son papier) On doit trois jours de lavage de voitures au garagiste pour la batterie…

Les autres JOURNALISTES se regardent, très surpris.

VALENTIN (continuant sa lecture)
Faut repeindre la vitrine de l’épicier, pour le couscous, la paëlla, les lichees, etc…

Les JOURNALISTES, voyant le temps se couvrir, s’éloignent discrètement de VALENTIN…

VALENTIN (continuant sa lecture sans rien remarquer)
Faut ranger l’arrière-boutique du magasin de camping… Là, y’en a au moins pour trois jours… Y’a le plongeur qui m’a passé ses bouteilles, j’ai promis qu’on lui filerait un coup de main pour déménager son appart’ demain… (Il cherche dans ses notes) Qu’est-ce qu’il y a encore… ? Ah, oui… Y’a…

Il lève le nez et s’aperçoit que ses amis sont déjà loin… Il les appelle.

VALENTIN
Hé !

ALBAN, au loin, se retourne, et tout en marchant, crie à VALENTIN :

ALBAN
Bon courage, Valentin !

FIN





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