La série
La série se déroule essentiellement dans un lycée d’une ville moyenne. Le Principal veut tenter l’expérience d’un journal conçu par des lycéens et leur a affecté un local et du matériel à cette fin.
À l’époque, on parle encore en francs, Internet, les réseaux sociaux et les smartphones n’existent pas. Les ordinateurs personnels font leur apparition. Et on utilise encore des négatifs pour la photographie. Les jeunes tapent leurs articles à la machine à écrire et diffusent leur journal grâce à une photocopieuse.
Les personnages
Les personnages récurrents dans cette série sont :
– Le Principal, surnommé « Dédé » par les lycéens, il est très ouvert à l’initiative des jeunes et tente de contenir leurs débordements.
– Rémi est le « Surveillant général » de l’établissement comme on appelait à l’époque (1992) les employés qui faisaient l’interface entre les élèves et la direction de l’établissement.
Et puis il y a les journalistes :
– Ludo, le rédacteur en chef,
– Alban, l’éternel inquiet sur l’avenir du monde,
– Marie-Jo, la bonne copine, sur tous les coups,
– Yann, le technicien,
– Valentin, un Vietnamien, véritable Mac Gyver de l’équipe.
On suit aussi :
– Christophe, dit Kris, le fils de Mme Lavergne, la présidente des parents d’élèves. Il est musicien et expérimente de curieux styles musicaux.
– Caroline, la fille d’une des professeures, Mme Chaumette. Kris en est fou amoureux, mais le musicien lui fait peur ! Elle est journaliste au début, puis quitte le journal.
– Emmanuel, un élève prétentieux et méprisant que tout le monde déteste.
Scène 1
SALLE DE CLASSE - INT/JOUR
LES JOURNALISTES - MME CHAUMETTE - YORO - UN ELEVE (GASPARD)
La fin du cours approche. MME CHAUMETTE est en train de rendre les copies d’un devoir.
Mme CHAUMETTE (à un élève)
Gaspard… Sans commentaire… Ce n’est pas plus brillant que d’habitude… (Elle se dirige vers lui pour lui donner sa copie) 5.
Il reste encore une copie. MME CHAUMETTE s’approche de YORO, un jeune Malien. Celui-ci semble très fatigué. Il fait des efforts pour ne pas s’endormir.
Mme CHAUMETTE
Yoro, je suis très déçue. C’est ton plus mauvais devoir depuis le début de l’année… (Yoro réagit à peine à ces propos) Tu n’as même pas su où la Seine prenait sa source ! Hein ? La Seine prend sa source à… ?
GASPARD (répondant à la place de Yoro)
Volvic !
Eclat de rire des élèves, réaction sévère de MME CHAUMETTE.
Mme CHAUMETTE
(À la classe) Silence ! J’ai posé la question à Yoro. (S’adressant à Yoro de nouveau) La Seine prend sa source à… ?
YORO est vraiment ailleurs. Il fait des efforts désespérés pour rester éveillé.
YORO (timidement, sans trop y croire)
Londres… ?
Nouvel éclat de rire des élèves. MME CHAUMETTE est atterrée.
Mme CHAUMETTE
(Aux élèves) Silence ! (À Yoro) Alors ?
YORO regarde MME CHAUMETTE droit dans les yeux. Il est au bord des larmes. Il semble la supplier d’arrêter cette torture. MME CHAUMETTE s’en rend compte.
Mme CHAUMETTE
La Seine prend sa source au plateau de Langres. Langres… pas Londres ! (Lui tendant sa copie) Je suis désolée. Je t’ai mis 1.
Rumeur dans la classe. YORO prend sa copie. Il est très malheureux.
La sonnerie annonçant la fin du cours retentit. Les ELEVES sortent de classe. YORO range ses affaires très lentement. MME CHAUMETTE le regarde sortir.
Scène 2
SALLE DE REDACTION - INT/JOUR
YANN - VALENTIN - ALBAN - MARIE-JO - CAROLINE - REMI
LES JOURNALISTES entrent les uns après les autres dans le local. YANN est arrivé le premier et s’est assis en bout de table, à la place occupée d’habitude par LUDO. VALENTIN, qui entre le premier, remarque ce “détail”.
YANN (très sûr de lui)
Bon. C’est moi qui remplace Ludo.
ALBAN
T’as décidé ça tout seul ?
Les JOURNALISTES veulent s’asseoir, mais toutes les chaises sont mises côte à côte le long du mur.
VALENTIN
Qui c’est qu’a mis les chaises comme ça… ?
Personne ne répond. YANN continue…
YANN (très solennel)
Ludo a dit que je le remplaçais pendant qu’il prépare son tournoi de tennis…
CAROLINE
Bah, voyons !… Et pourquoi toi ?
YANN
Parce que…
Pendant ce dialogue, VALENTIN a allumé son ordinateur. Il a commencé à taper des instructions, mais quelque chose semble le contrarier.
VALENTIN
Qui a touché à l’ordinateur ?
Tout le monde regarde VALENTIN sans vraiment s’intéresser à son problème…
ALBAN
De toute façon, c’est moi qui remplace Ludo. Je suis le premier dans l’ordre alphabétique…
Les JOURNALISTES protestent. A ce moment, REMI entre dans le local.
CAROLINE
Rémi, faut nous départager. Yann veut remplacer Ludo, et moi aussi…
ALBAN
Et moi aussi… !
MARIE-JO
Pas moi. Je vous laisse le poste !
REMI
Bon. Vous avez fini ?… Moi, je vais vous dire une chose… Je trouve que le journal s’endort depuis quelque temps. Non ?
Les JOURNALISTES ne répondent pas mais on sent qu’ils partagent l’avis de REMI.
REMI
A mon avis, c’est l’occasion de faire entrer dans le journal un nouveau membre, qui aura sûrement de nouvelles idées…
YANN (effrayé)
Pas Galvino !
CAROLINE (encore plus effrayée)
Oh, non, pas Emmanuel ! L’horreur !
ALBAN
Et comment on va le choisir ?
REMI
On prendra le plus intelligent. On fait passer un test de Quotient Intellectuel.
ALBAN
Qu’est-ce que c’est que ça ?!
REMI
C’est une série de questions qu’on te pose pour mesurer ton intelligence…
YANN
Va falloir réviser tous les cours ?!
REMI
Mais non ! C’est pas un test de connaissances. T’as rien à apprendre…
YANN (rassuré)
Ah, bon. On commence quand ?
REMI
Attends ! C’est un test ouvert à tous les élèves du collège. Il faut passer une annonce dans le journal. Alors ? Vous êtes d’accord ?…
Les JOURNALISTES se regardent, indécis.
REMI
Bon. Je m’occupe de tout. Je ferai passer le test chez moi, dimanche. (À Valentin) Tu mettras l’adresse dans le journal. 16, rue Mazarin. OK ?
VALENTIN (notant l’adresse)
OK. Dis donc, c’est toi qui t’es servi de mon ordinateur ?
REMI
Non. Pourquoi… ?
VALENTIN
Je retrouve plus mes programmes…
ALBAN
Et toutes les chaises étaient contre le mur quand on est arrivés…
REMI
Je sais pas. C’est peut-être la femme de ménage…
Les JOURNALISTES se regardent sans trop savoir quelle conclusion tirer de ces événements.
Scène 3
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
VALENTIN - DES ELEVES - YANN - KRIS - RIC - PAUL
VALENTIN vend le journal aux élèves qui passent. Parmi eux, YORO, qui bâille.
VALENTIN (à la foule)
Devenez rédacteur en chef de notre journal ! Il suffit d’avoir le plus gros Q. Le plus gros I… Le plus gros Q.I. ! Pour 5 francs, tout sur le test !
YANN arrive vers VALENTIN.
YANN (tout excité)
Tu sais quoi ? Emmanuel a la grippe…
VALENTIN
Super !
YANN
Comme ça, il sera pas au courant du test, tu vois…
VALENTIN
J’avais compris, j’ai pas un Q.I. zéro !
YANN (narquois)
C’est qu’on va voir… !
YANN s’éloigne en rigolant.
VALENTIN
Q.I. zéro toi-même ! (Puis il reprend sa vente) Devenez rédacteur en chef de notre journal ! Il suffit d’avoir le plus gros Q.… Le plus gros I… Le plus gros Q.I. ! Pour 5 francs, tout sur le test !
Un peu plus loin, KRIS discute avec RIC et PAUL. Ils tiennent le journal dans les mains.
PAUL
Hé, t’imagines, rédacteur en chef du journal. Tu pourras parler de ta “zique” à toutes les pages.
KRIS (feuilletant le journal)
C’est sûr. Ça serait mieux que leurs articles à la mors-moi-l’œuf ! (Lisant les titres des articles) “Tout sur la crêperie du centre ville”. Qu’est-ce qu’on en a à cirer de la crêperie du centre ville !
PAUL
Alors ? Tu te présentes ?
KRIS
Je vais voir…
PAUL
Hé ! Tu nous prendras avec toi… ?
KRIS
Pas de problème. Vous serez mes bras droits…
RIC
Super !
Les trois garçons s’éloignent en rigolant.
Scène 4
RUE VILLE - EXT/JOUR
EMMANUEL - MARIE-JO
Ambiance dominicale. EMMANUEL marche dans une rue. Il est très enrhumé. Il a une écharpe autour de la gorge et éternue continuellement. Il croise MARIE-JO.
EMMANUEL
Hé, dis donc, c’est vrai que Rémi fait passer un test de Q.I. pour être rédacteur en chef… ?
MARIE-JO (très dégagée)
Ouais… Paraît…
EMMANUEL
Et c’est quand ?
MARIE-JO
Aujourd’hui… J’crois…
EMMANUEL
Aujourd’hui ! Où ça ?
MARIE-JO
Chez Rémi, i’me semble…
EMMANUEL
Il habite où, Rémi ?
MARIE-JO
Attends, c’est dans une rue qui a un nom de gâteau… Rue Navarin ! Voilà : 16, rue Navarin.
EMMANUEL
C’est pas un gâteau, le navarin, c’est un ragoût de mouton. (Marie-Jo hausse les épaules) Bon. J’y vais. Salut. C’est une chance que je t’aie rencontrée…
MARIE-JO
Ça, tu peux le dire…
EMMANUEL s’éloigne en courant. MARIE-JO rit sous cape.
Scène 5 A
_CAVE REMI - INT/JOUR
LES JOURNALISTES (sauf Marie-Jo) - REMI - D’AUTRES ELEVES
(Cette séquence est “tricotée” avec la suivante)
REMI a improvisé une salle d’examen dans sa cave. Les ELEVES et les JOURNALISTES sont assis sur des caisses, devant des tables disparates, mais parfaitement disposées en rangées. REMI fait les cent pas en regardant sa montre.
REMI
Bon. Dans cinq minutes, on commence.
YANN (doucement, à Valentin)
On a de la chance qu’Emmanuel soit malade… !
VALENTIN
La tête qu’il va faire quand il va savoir qu’on a fait le test sans lui…
Scène 6 - A
RUE VILLE - EXT/JOUR
EMMANUEL
EMMANUEL marche dans la rue Navarin. Il arrive au 16. Il paraît un peu surpris et pousse une porte (on ne voit pas la devanture). Il entre.
Scène 5 - B
CAVE REMI - INT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES (sauf Marie-Jo) - REMI - D’AUTRES ELEVES
REMI regarde une nouvelle fois sa montre…
REMI
Bon. Je crois qu’on va y aller. J’ai l’impression qu’on n’aura pas d’autre candidat…
Soudain, on entend des pas dans l’escalier… Les JOURNALISTES frémissent…
VALENTIN
Damned, Emmanuel !
YANN
Personne l’a prévenu, au moins…
ALBAN
Hé ! On est pas fous !
Les pas se rapprochent… L’inquiétude des JOURNALISTES augmente… Et soudain, KRIS apparaît en bas de l’escalier…
KRIS
C’est là le test de Q-machin ?
CAROLINE (épouvantée, à Alban)
Oh, non, pas lui !
ALBAN (à Caroline)
T’inquiètes. Il a aucune chance…
REMI (à Kris)
Allez, installe-toi vite, on va commencer.
KRIS (à tous, en allant s’asseoir)
Salut les copos.
REMI prend une liasse de feuilles et commence à distribuer. Les premiers élèves poussent des hurlements d’effroi en lisant les questions (“Oh ! Dur ! Tout ça !”).
REMI
On se tait. On fait ça sérieusement. C’est comme un examen…
Scène 6 - B
TERRAIN VAGUE - EXT/JOUR
EMMANUEL - ROBERT
EMMANUEL se retrouve seul au milieu d’un terrain vague autrefois occupé par un immeuble dont seule la façade a été conservée. Il est furieux. Il aperçoit ROBERT, un clochard, qui lit un ouvrage de jardinage près d’un brasero.
EMMANUEL (s’approchant de l’homme avec hésitation)
Euh… Je viens pour le test de…
ROBERT
Quès tu veux ?
EMMANUEL
Euh… Je dois passer un test de Q.I. et je ne sais pas où c’est…
ROBERT
Si tu veux, je te le fais passer ton test de cuti…
EMMANUEL (rectifiant)
Q.I. Non, non… Merci… Je vais aller voir dans la rue…
ROBERT
Sois pas si pressé. Assieds-toi. (Montrant le livre de jardinage) J’ai le bouquin… (Montrant sa bouteille) j’ai le turbo… j’ai tout… Je te le fais passer ton test de curry !
EMMANUEL (rectifiant encore)
Q.I. Non… Merci… Excusez-moi. Au revoir monsieur…
EMMANUEL s’enfuit en courant. ROBERT replonge dans son bouquin…
ROBERT (rageant)
Ah ! Pour une fois que je pouvais faire passer un test de… De quoi ? Ah oui ! Q.I. C’est ça Q.I…Q.I…Cui-cui… Cui-cui…
Scène 5 - C
_CAVE REMI - INT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - REMI - D’AUTRES ELEVES
L’heure de la fin du test approche. REMI regarde sa montre.
REMI
Bien. C’est fini…
Protestation habituelle des élèves.
ELEVES
J’ai pas fini… Pas déjà !… Attendez !
Les JOURNALISTES et d’autres élèves se lèvent et donnent leur test à REMI avant de sortir.
REMI
Résultats, mardi soir…
KRIS est le dernier à rester à sa table. Très décontracté, il cherche l’inspiration au plafond en mâchant son crayon. REMI s’approche de lui…
REMI
Kris, c’est fini…
KRIS
Ouais, ouais…
Rapidement, sans trop réfléchir, “à l’instinct”, KRIS remplit les dernières questions du test puis tend sa “copie” à REMI en se levant.
KRIS (très dégagé)
Subtil, comme test…
Il sort. REMI range les questionnaires dans un dossier très réconnaissable par sa couleur ou sa forme.
Scène 7
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
DES ELEVES - EMMANUEL - YANN - VALENTIN - MARIE-JO - RIC - PAUL - KRIS
Le lendemain matin, les ELEVES entrent dans le collège. EMMANUEL, toujours avec son écharpe, est parmi eux. Il bouscule un peu tout le monde et se dirige vers YANN. Il est furieux.
EMMANUEL
Pourquoi vous ne m’avez pas prévenu ?
YANN (jouant les innocents)
De quoi ?
EMMANUEL laisse YANN et s’approche de VALENTIN.
EMMANUEL (à Valentin)
Merci ! Vous auriez pu me prévenir !
VALENTIN se tourne vers YANN, avec un air faussement interrogateur (“T’es au courant de son problème, toi ?”) YANN, aussi hypocrite, hausse les épaules. EMMANUEL aperçoit MARIE-JO. Sa rage redouble. Il se précipite vers elle…
EMMANUEL (à Marie-Jo)
Un nom de gâteau ! Pauvre tarte ! Tu t’es bien payé ma tête !
MARIE-JO (pas décidée à se laisser faire)
Hé ! Minute ! T’avais qu’à acheter le journal ! Non, mais… ! Tarte toi-même !
Mais EMMANUEL, emporté par sa fureur, est déjà loin… MARIE-JO échange à distance un sourire complice avec YANN et VALENTIN.
YANN (à Valentin)
Hé ! Devine où j’ai trouvé ça… (Il sort de sa poche une paire de chaussettes usagées) Dans notre local…
VALENTIN (prenant “délicatement” les chaussettes, très intrigué)
Qu’est-ce que ça veut dire ?…
Dans un coin de la cour, RIC, PAUL et KRIS discutent. EMMANUEL se cache pour entendre leur conversation.
KRIS
Attends ! On sait pas encore qui c’est. On aura les résultats que demain… Rémi est en train de corriger les copies dans le local.
PAUL
Tu vas faire quoi si t’es rédacteur en chef ?
KRIS
Euh… Un, les articles, ce sera que des dessins. Pas de bla-bla à la mors-moi-l’œuf, que des “crobards” et des bulles…
RIC (admiratif)
Ouah ! Ça, c’est savant !
KRIS
Deux, je vais faire un journal entièrement négatif…
On revient sur EMMANUEL qui savoure les paroles de KRIS. Une idée amusante semble germer dans sa tête. En off, la suite de la conversation de KRIS et ses amis :
RIC
Ouais ! Tout noir, écrit blanc dessus !
KRIS
C’est ça… Avec de l’encre qui sèche jamais !
RIC
Oh, la barbouille !
KRIS
On vendrait la lessive avec !
PAUL
L’éclate !
EMMANUEL s’éloigne, tout content.
Scène 8 _LOCAL REDACTION/COULOIR - INT/JOUR _EMMANUEL - REMI - LE PRINCIPAL
LOCAL REDACTION
EMMANUEL, un sourire narquois aux lèvres, est en train de corriger une des copies du test de Q.I. (On reconnaît sur la table le dossier de REMI). Les réponses qu’il lit le plongent dans une profonde consternation. Puis il réfléchit à la question rapidement et rature ou maquille les réponses d’origine.
Soudain, il entend du bruit dans le couloir. Il est paniqué. Il cache maladroitement la copie dans le dossier puis se dirige vers la porte, qu’il ouvre doucement. Enfer ! REMI et le PRINCIPAL marchent dans le couloir.
COULOIR
REMI est en grande conversation avec le PRINCIPAL dans le couloir. Ils avancent vers la porte du local de la rédaction.
REMI
J’aurai terminé la correction demain, dans l’après-midi. Je vous donnerai tout de suite les résultats…
LE PRINCIPAL
Malheureusement, demain je ne serai pas là. Je pars une semaine en séminaire.
REMI
C’est nouveau…
LE PRINCIPAL
C’est une lubie du recteur. Il pense qu’en jeans et en pull, on aborde plus en profondeur les vraies questions…
REMI
Pourquoi pas ?
REMI met la main sur la poignée de la porte du local pour entrer.
INSERT LOCAL : EMMANUEL est effrayé.
Mais le PRINCIPAL ne s’est pas arrêté. Il continue de parler en marchant et REMI le ratrappe.
INSERT LOCAL : EMMANUEL entend les voix s’éloigner, il ouvre lentement la porte.
LE PRINCIPAL
Personnellement, je garderai mon costume. Je ne vais pas me déguiser sous prétexte qu’on travaille dans un château… Surtout pour parler de l’échec scolaire !
REMI
Qu’est-ce que vous allez dire sur l’échec scolaire ?
REMI entend du bruit dans son dos. Il se retourne et voit EMMANUEL s’éloigner dans le couloir. Il est intrigué, mais n’en laisse rien paraître.
LE PRINCIPAL
Justement, qu’est-ce qu’on peut dire de nouveau sur un sujet pareil… ? Pendant une semaine, en plus ! Enfin… Faut bien faire vivre les hôteliers… Je vous laisse. Vous me raconterez tout à mon retour.
REMI
Entendu.
REMI revient vers le local de la rédaction. Il entre.
LOCAL REDACTION
REMI se dirige vers la table et se rend compte tout de suite qu’une copie a été déplacée. Il l’examine et remarque les corrections. Il est d’abord surpris, puis on sent la colère monter en lui mais, soudain, il change de physionomie et paraît ravi… Il replace la copie.
REMI
Ça, pour du changement, va y avoir du changement !
Scène 9
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - REMI - D’AUTRES ELEVES - RIC - PAUL - EMMANUEL
Les candidats au test attendent les résultats devant l’entrée d’un bâtiment. Ils sont très excités et très anxieux. KRIS se tient un peu en retrait, avec l’air de celui qui feint d’y croire encore. Il est entouré de ses amis RIC et PAUL. Encore plus loin derrière, EMMANUEL, caché, ne perd rien de la scène.
REMI, soudain, apparaît. Frémissement chez les ELEVES.
REMI
Bien. Voici le résultat du test. L’élève qui a obtenu le plus fort Q.I. est… Christophe Lavergne !
Réaction bizarre des élèves. On est surpris… heureux, décontenancé. KRIS se tourne vers ses deux amis qui ont explosé de joie.
KRIS
Qui il a dit ?
RIC et PAUL
C’est toi ! C’est toi !
KRIS (un peu perdu)
Qui ça moi ?
RIC
Ça y est, t’es rédacteur en chef !
PAUL
C’est toi le plus gros Q.I. !
Du côté des JOURNALISTES, on est un peu désemparé.
CAROLINE (désespérée)
C’est pas vrai que c’est Kris !
REMI
Je maintiens. C’est Christophe Lavergne votre nouveau rédacteur en chef.
A quelques mètres de là, EMMANUEL est mort de rire.
Les JOURNALISTES, mi-figue mi-raisin, s’approchent de KRIS qui tente de dominer sa surprise et de trouver le résultat normal… Il frime un peu.
YANN
Bravo ! C’est super ! Comment t’as fait ?
KRIS
Ces trucs-là, faut surtout pas réfléchir. Faut faire ça à l’instinct.
REMI
Félicitations, Kris. Tu as créé la surprise. 170, tu frises le génie…
KRIS (sûr de lui)
Ouais… Je frise pas mal…
REMI
Eh bien, tu peux te mettre au travail…
KRIS (désignant Ric et Paul)
Ça dérange si j’amène mes bras droits… ?
CAROLINE (sèche)
Au point où on en est !
Scène 10
SALLE DE REDACTION - INT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - RIC et PAUL
Les JOURNALISTES sont assis autour de la table. KRIS, les pieds sur la table, est très à l’aise dans son nouveau rôle. RIC et PAUL l’entourent.
VALENTIN
Bon, alors, on va t’expliquer. Le journal, si tu veux…
KRIS (l’interrompant)
Ouais, bah, je le connais, votre journal. Il casse pas trois bosses à un dromadaire, hein !
Il donne un coup de coude à RIC et PAUL qui, habitués aux plaisanteries de KRIS, éclatent de rire. Les JOURNALISTES sont un peu consternés.
CAROLINE (pour elle-même)
Ça promet !
KRIS
Bon. Qu’est-ce qu’est prévu pour le prochain numéro ?
YANN
Ben, moi je fais un article sur la photo d’animaux.
KRIS
Nul. Quoi d’autre ?
L’atmosphère se refroidit.
ALBAN
Moi, je suis en train de tester la pizzeria du centre commercial…
KRIS
A gerber. Ensuite ?
CAROLINE
Kris, je te préviens, si tu descends tous nos articles, je quitte la rédaction.
KRIS
Je fais ce que je veux. Je suis le plus gros Q.I.
CAROLINE
Bon. Je m’en vais !
KRIS (soudain aimable)
Arrête, Caro. J’ai un super article pour toi. Sur Simon Protcher. Tu connais ?
CAROLINE
Non, et ça m’empêche pas de dormir.
KRIS
C’est un géant. Il compose de la musique conditionnelle. Faudrait lui faire une super pub pour son prochain concert.
CAROLINE (ironique)
Bah voyons !
Pendant ces répliques, VALENTIN s’est levé. Il est allé près du mur et a ramassé une peau de banane qu’il brandit.
VALENTIN
Hé ! Regardez !… A mon avis quelqu’un nous espionne…
Les JOURNALISTES éclatent de rire.
VALENTIN
Si ! Je suis sûr qu’y’a des gens qui viennent ici la nuit poser des micros…
YANN
Moi, j’ai trouvé des chaussettes…
KRIS
Vous avez fini avec vos chaussettes et vos peaux de bananes ?… J’expose mon programme. Bon. On va changer les rubriques. Je verrais bien une rubrique les trocs de fringues. J’en ai marre de toujours mettre les mêmes.
MARIE-JO
Super ! Ça, je veux bien m’en occuper.
KRIS
Je pensais aussi à un truc genre audimat des profs. Comme à la télé. On fait un sondage à la sortie des cours sur ceux qu’ont écouté. On ferait tous les mois un classement du prof qu’a la plus grosse audience…
YANN
Géant !
KRIS
Faudrait faire aussi un “bêtisier” des profs. Les phrases les plus nulles qu’ils disent.
VALENTIN
Ah oui ! Genre Malfroid, ce matin, qu’a dit : (prenant une grosse voix) “Le monde des affaires est un panier de crabes aux dents longues” !…
Les JOURNALISTES sont écroulés de rire.
YANN (mort de rire)
T’as déjà vu des paniers avec des dents !
ALBAN (riant aux larmes)
Et des crabes !…
CAROLINE (appréciant peu la tournure des événements)
N’importe quoi !
Scène 11
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
REMI - CAROLINE
Le lendemain matin, REMI aborde CAROLINE qui arrive au collège.
REMI
Alors ? Comment ça s’est passé ? Comment est Kris ?
CAROLINE
Devine. C’est plus un journal… c’est… c’est… La foire.
REMI
A ce point-là ?
CAROLINE
On peut plus rien dire. Il se trouve “génial”. Il a toujours raison. Il veut que je fasse un article sur Simon Protcher.
REMI
Sur qui ?
CAROLINE
Bah, voilà, justement, personne connaît !
REMI
Bon. Je vais aller lui parler.
CAROLINE
Dis donc, il a VRAIMENT eu 170 de Q.I. ?
REMI
Bah oui…
CAROLINE
Il a triché, non ?
REMI (indigné)
Caro…
Scène 12
LOCAL REDACTION - INT/JOUR
KRIS - REMI - YORO
REMI entre dans le local de la rédaction. Il y découvre KRIS en train de discuter avec YORO.
REMI
Kris, faudrait que je te parle.
KRIS
Bah moi aussi. (Désignant le jeune Malien) Yoro a passé la nuit ici.
REMI
Dans le local ?!
KRIS
Il dormait quand je suis arrivé. Les autres qui coyaient qu’on nous espionnait !…
YORO, tête baissée, ne dit rien.
REMI (à Yoro)
Pourquoi t’as dormi ici ?
YORO est très intimidé. Il baisse encore plus la tête.
KRIS
Il a eu une mauvaise de note. Il voulait pas rentrer chez lui. Il avait peur de prendre une volée… Ses parents le battent.
REMI
Hein ?
KRIS (indigné)
Moi, ça me bousille la sono, des trucs pareils !
REMI
Je te comprends. Faudrait prévenir l’assistante sociale…
YORO (paniqué)
Oh, non ! Ça va être pire.
KRIS
Attends, j’ai une idée.
KRIS entraîne REMI à l’écart, pour ne pas être entendu de YORO.
KRIS
On n’a qu’à aller voir ses parents. Discrétos. Histoire de tâtonner le terrain… Tu vois. Tu peux avoir leur adresse… ?
REMI
Oui. Je peux aller au fichier.
KRIS et REMI reviennent vers YORO.
KRIS (à Yoro)
Bon. T’as pas un cours, maintenant ?
YORO
Si.
KRIS
Bah, file, allez… !
YORO
Et cette nuit, je peux dormir là… ?
KRIS
Allez, file, je te dis…
YORO sort rapidement du local.
Scène 13
RUE IMMEUBLE PARENTS YORO - EXT/JOUR
KRIS - REMI - COMMERÇANT
KRIS et REMI marchent dans une rue. Ils cherchent l’endroit où vivent les parents de Yoro. Mais à l’adresse que REMI a relevée, ils découvrent un immeuble en démolition.
REMI (vérifiant l’adresse sur son papier)
C’est bien là, pourtant…
KRIS
Mon avis, tu t’es planté.
REMI
Hé ! J’ai pris l’adresse dans le fichier. C’est bien ça : “112, rue Bizet” (Montrant les immeubles de part et d’autre) Là c’est le 110… Là c’est le 114. Au milieu, c’est le 112…
KRIS
Bah, ton 112, il fait la tronche. (Plaisantant soudain) C’est le père de Yoro qu’a dû filer une méga baffe à sa femme. Plaf ! Elle a giclé sur le mur et tout l’immeuble s’est écroulé !
REMI
C’est drôle… Attends…
REMI avise un COMMERÇANT, au 110, qui est devant sa boutique. Il s’approche de lui…
REMI (au commerçant)
Nous cherchons les parents du petit Yoro… Vous connaissez… ?
COMMERÇANT
Oh, ils sont plus là…
REMI
Ils habitaient bien au 112.
COMMERÇANT
Ouais, mais maintenant, ils sont sur la place…
REMI
Ils ont déménagé ?
COMMERÇANT
Ils campent.
REMI et KRIS, très surpris, se regardent.
REMI (à Kris)
Ils campent ?!
Scène 14
PLACE - EXT/JOUR
KRIS - REMI - TIEKO - FAMILLES MALIENNES
KRIS et REMI arrivent sur la place. Dans un coin, trois familles Maliennes se sont installées. Quelques couvertures, un réchaud à gaz, des caisses pour s’asseoir. KRIS et REMI se regardent, stupéfaits. Puis ils s’avancent et interrogent les Maliens pour savoir où se trouve le père de Yoro. On leur désigne un homme (TIEKO) qu’ils abordent.
Ellipse.
TIEKO (expliquant la situation)
Ils ont démoli l’hôtel pour le rénover. Ils avaient dit qu’ils nous trouveraient un logement. Et après, ils nous ont dit qu’ils avaient rien de libre…, qu’il y en avait d’autres avant nous qu’attendaient aussi un logement.
KRIS (soudain enflammé)
Mais faut faire un scandale ! Faut faire une pétition ! Faut faire venir la télé ! Moi, je vais les secouer à la mairie. Faut qu’ils vous trouvent un logement, et du travail…
TIEKO (sortant un bulletin de salaire de sa poche)
Mais, du travail, on en a… Regarde… Je gagne ma vie. On a de quoi payer le loyer…
KRIS (à Rémi, après avoir jeté un coup d’œil au bulletin de salaire)
Ça mérite pas une bonne petite Une, ça ?
REMI
Tout un numéro, tu veux dire… !
Scène 15
PLACE - EXT/JOUR
LES JOURNALISTES - KRIS - REMI - YORO - TIEKO - FAMILLES MALIENNES
Séquence muette.
Les JOURNALISTES ont investi le “camp” Malien. YANN prend des photos de YORO avec son père… MARIE-JO, micro à la main, interviewe les passants. CAROLINE et ALBAN interrogent les autres familles. KRIS et REMI installent une banderolle : “Tous pour un abri ! Un abri pour tous !”. VALENTIN fait signer une pétition.
Scène 16
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
VALENTIN - DES ELEVES - KRIS - UN ELEVE
VALENTIN, dans la cour du collège, vend le journal.
VALENTIN
“Un abri pour tous ! Tous pour un abri !”. Aidez-nous à loger les sans-logis.
Un petit peu plus loin, KRIS court après UN ELEVE très BCBG pour lui vendre un exemplaire du journal.
KRIS
Hé ! Tes parents, ils ont pas une chambre de libre… ?
L’ELEVE continue d’avancer d’un pas pressé. KRIS le harcèle…
L’ELEVE
Non, non… C’est plein… On est plein… Plein, partout…
KRIS (insistant)
Je croyais qu’ils avaient un super appart’…
L’ELEVE (s’enfuyant)
C’est plein, je te dis… Plein à craquer !
KRIS (laissant l’élève s’éloigner)
Je te crois, oui… !
Scène 17
LOCAL REDACTION - INT/JOUR
REMI - CAROLINE - KRIS
REMI entre dans le local de la rédaction. CAROLINE est seule. Elle ouvre le courrier. Elle a devant elle une pile de lettres…
REMI
Alors ? La pêche est bonne ?
CAROLINE (dépitée)
Tu parles… J’ai une cabane de jardin et deux caves…
REMI
Pas terrible… Et la pétition ?
CAROLINE
97 signatures… Ils sont tous d’accord pour que les autres fassent quelque chose, mais eux… !
REMI
Faut continuer. Y’a pas de raison. Ils sont en situation régulière. Ils gagnent leur vie. On va pas les laisser crever dehors… (Un temps) Alors ? Ça va mieux avec Kris ? C’est plutôt sympa, ce qu’il fait…
CAROLINE
J’aime mieux ça que le concert de Simon Protcher ! Peut-être que c’est vraiment un génie caché…
REMI
Protcher ?
CAROLINE
Kris !
REMI
Pourquoi pas ? Il paraît qu’il marche super bien en classe en ce moment… Le test lui a donné confiance. Ça arrive. Une petite étincelle et hop…
À ce moment, KRIS entre en trombe dans le local.
KRIS (à Caroline)
Alors… ?
CAROLINE
Rien…
KRIS (à Caro)
Et ta mère… ? Elle est au conseil municipal… Tu lui as parlé ?
CAROLINE
Bah oui… La mairie n’a aucun local disponible.
KRIS
Ils vont pas passer tout l’hiver dehors !
CAROLINE
Si, au moins, ils étaient installés un peu mieux. Ils n’ont rien…
KRIS
T’as raison. J’ai une idée. On lance une collecte d’enfer. Meubles, bouffe, médicaments, disques, radio, Hifi, tout ! Et si on réussit ce coup-là, après on s’occupe de la Roumanie, de l’Ethiopie, des Indiens Yago, et de tous les autres… Ça, c’est de la presse… ! OK. Je compte sur toi, Caro… Tchao…
Il ressort aussi excité qu’il était entré, laissant CAROLINE et REMI un peu pantois…
CAROLINE
On va plus pouvoir l’arrêter…
KRIS (plaisantant)
Dans deux ans, il est ministre… !
Scène 18
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - DES PARENTS - EMMANUEL
Sur un mur du collège, on découvre une petite affiche : “Grande collecte pour les sans-abri”.
EMMANUEL la lit attentivement, avec un large sourire ironique.
EMMANUEL (lisant le texte)
“Vous avez sûrement un lit qui s’ennuie, des couvertures qui se tournent les pouces, des vêtements qui se barbent, des jouets qui dépriment… Donnez-les nous, nous saurons les occuper !”. Quel cirque !
Puis il quitte l’affiche et se retourne. Il éclate de rire, visiblement très satisfait de la tournure que prennent les événements…
On découvre que la cour du collège est devenue un immense débarras ! Les JOURNALISTES s’affairent autour de lits, de tables, de chaises… entassent les couvertures, les vêtements… rangent les toiles de peintures, des vieilles revues, des peluches, des lampes… Des parents déposent d’autres objets.
KRIS, tout fier, apporte une vieille machine à coudre que des parents viennent de lui donner. YANN regarde l’objet avec surprise.
YANN
On aurait dû dire qu’ils n’avaient pas l’électricité.
KRIS
C’est pas grave, elle marche plus…
YANN
Ah ?!
KRIS
Les mômes s’amuseront avec…
YANN hausse les épaules. KRIS repart chercher d’autres objets. YANN continue sa visite.
Il s’approche de CAROLINE qui s’occupe des médicaments.
CAROLINE
Ils sont tous périmés.
ALBAN, qui, derrière elle, s’occupe des conserves, des boîtes de biscuits, lui lance…
ALBAN
La bouffe, c’est pareil…
YANN
Les gens vident leurs placards, c’est clair…
Il continue son tour et arrive près de VALENTIN qui examine les vêtements.
VALENTIN (à Yann, montrant une chemise très sale)
Celle-là, elle a servi à faire les vitres… Celle-là, elle a plus de boutons… Celle-là, même mon chien, il en voudrait pas…
YANN
Qu’est-ce qu’on va faire de tout ça ?
VALENTIN
Oh, y’a des trucs chouettes…
YANN
Ah bon ?
VALENTIN
Faut bien regarder…
KRIS arrive avec une table qui n’a plus que trois pieds. Naturellement, elle ne tient pas debout…
VALENTIN
C’est dommage qu’il manque un pied…
KRIS (très positif)
Ouais, mais avec deux comme ça, on peut en faire une bien… Tu piges ?
KRIS repart aussitôt… YANN se penche vers VALENTIN pour lui parler en confidence.
YANN
Dis, je me trompe ou en principe on fait un journal…
VALENTIN
Faut se dire que c’est un numéro spécial.
YANN
Ça, pour être spécial… Et Dédé… Il dit rien, Dédé ?
VALENTIN
Dédé ?! Il est pas là, je crois…
YANN
Y’a intérêt à dégager tout ça avant qu’il revienne…
VALENTIN
Un peu, oui…
Scène 19
ENTREE COLLEGE - EXT/JOUR
LE PRINCIPAL - REMI - KRIS
Le lendemain matin, LE PRINCIPAL arrive au collège. Il gare sa voiture sur le parking. REMI, qui vient d’arriver aussi, s’approche de lui.
REMI
Bonjour, M. le Principal.
LE PRINCIPAL
Bonjour Rémi.
REMI
Alors ? Ce séminaire ?
LE PRINCIPAL (un peu furieux)
Une semaine de belles paroles pour nous persuader que l’échec scolaire, ça n’existe pas ! N’importe quoi ! Il faudrait leur présenter Christophe Lavergne. Ils verraient que ça existe, un cancre… !
REMI
Euh… Justement…
REMI n’a pas le temps de finir sa phrase. Le PRINCIPAL découvre la cour transformée en centre “Emmaus” ! Il manque de s’évanouir…
LE PRINCIPAL
Qu’est-ce que c’est que ça… ?! Vous pouvez m’expliquer ce bord… ce bric-à-brac… ?
REMI
Ça ? Ben… C’est une collecte.
LE PRINCIPAL
Une collecte ! Pour ?…
REMI
Pour les sans-abri de la place.
LE PRINCIPAL (répétant pour ne pas exploser)
Pour les sans-abri de la place… Et qui a eu cette idée de génie ?
REMI
Un génie, justement. Christophe Lavergne.
LE PRINCIPAL
Christophe Lavergne… !
REMI
Il a eu 170 au test de Q.I. que je leur ai fait passer…
LE PRINCIPAL
170 ! Ce cancre… ! Vous êtes sûr ?
REMI
Sûr. D’ailleurs, demandez à ses professeurs, ses résultats n’ont jamais été aussi bons…
LE PRINCIPAL
Je ne vous crois pas…
REMI
Le système scolaire peut passer à côté de génies…
LE PRINCIPAL
Vous allez pas vous y mettre aussi. J’en ai assez entendu pendant une semaine. En tout cas, génie ou pas, j’aimerais que cette cour ne ressemble plus à une poubelle. Dites à votre génie que si tout ça n’a pas disparu ce soir, il n’y a plus de journal. Vous m’entendez… ? Plus de journal.
REMI
C’était prévu… C’était prévu…
Le PRINCIPAL s’éloigne, très en colère.
REMI aperçoit KRIS et va l’aborder.
REMI
Dis donc, le Principal est furieux.
KRIS
Quel bourge !
REMI
Y’a quand même un problème. Les parents ont vidé leurs caves… Qu’est-ce qu’on va faire de tout ça ?
KRIS
Bah, déjà, y’a qu’à donner ce qui est potable.
REMI
Ça va être vite fait. Et tout le reste ?
KRIS
Ben…
KRIS se concentre, façon génie cherchant la bonne idée, puis s’exclame :
KRIS
J’ai trouvé ! J’ai trouvé ! Voilà ! On fait une tombola. 10 balles le billet… Et les lots, c’est les gravats.
REMI
On peut pas donner ça…
KRIS
Mais si, en les arrangeant un peu… Flippe donc pas toujours !
KRIS, l’air dégagé, s’éloigne et laisse REMI sans voix.
Scène 20
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES
Courte scène muette :
Les JOURNALISTES mettent de côté les meubles et objets utilisables.
Scène 21
PLACE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - FAMILLES MALIENNES
Courte scène muette :
Les JOURNALISTES installent les meubles et les objets sur la place. Les familles Maliennes sont ravies… TIEKO remercie chaleureusement les JOURNALISTES et KRIS.
Scène 22
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES
Les quelques meubles et objets en bon état ont été retirés. Restent les horreurs, c’est-à-dire à peu près autant qu’avant. CAROLINE, MARIE-JO et ALBAN s’activent pour leur donner meilleure mine. Grande lessive, brossage et tours de vis. YANN et KRIS mettent les boîtes de conserve et les médicaments périmés dans des sacs poubelle qu’ils vont vider à l’extérieur du collège. VALENTIN, bloc de papier en main, inspecte les objets.
VALENTIN (examinant un moulin à café électrique que lui montre Marie-Jo)
Il marche ?
MARIE-JO
Je crois pas, non.
VALENTIN (notant sur son bloc)
Bon. Lot 118. Euh… Moulin à café “manuel”. (Il s’intéresse ensuite à la machine à coudre) Elle marche ?
CAROLINE
Non plus, non…
VALENTIN (notant sur son bloc)
Bon. Lot 119. Machine à coudre de sécurité pour enfant. (Il passe à un tableau représentant une pomme) Beurk ! Bon. Lot 120. Nature morte… anonyme du… 16ème siècle. (Il s’approche d’un tas de poupées estropiées) Lot 121. Série de poupées de la guerre 14-18. (Il examine enfin un lot d’assiettes cassées) Lot 122. Vestiges du château de Montfort. Bon. Voilà. Super. Un vrai trésor !
MARIE-JO
Vont pas être déçus, les gagnants !
KRIS fait une brève apparition pour prendre un sac poubelle plein. Il a entendu la réplique de MARIE-JO.
KRIS
Ça leur apprendra à avoir un vide-ordures à la place du cœur !
KRIS repart en coup de vent avec le sac poubelle.
VALENTIN
Il a de super idées, Kris. C’est la pratique qu’est un peu compliquée…
ALBAN (lavant des verres ébréchés dans un seau)
Vous croyez que les journalistes normaux font ça ?
CAROLINE, MARIE-JO et VALENTIN se regardent, perplexes…
VALENTIN (hésitant)
Des fois… oui… sûrement…
Scène 23
RUE VILLE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES
Différents plans muets montrant les JOURNALISTES et KRIS vendant les billets de tombola aux passants de la rue commerçante. Ils ont plutôt du succès.
Scène 24
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
KRIS - LES JOURNALISTES - REMI
C’est le soir. KRIS et les JOURNALISTES contemplent le tas d’objets qui n’a pas beaucoup diminué. Ils sont consternés. Arrive REMI.
REMI
Alors ? Cette tombola ?
KRIS
Ça a super bien marché. On a ramassé 2 000 francs.
VALENTIN
Ça va bien les dépanner…
REMI
Ça fait 200 billets vendus… Vous n’avez pas chômé… Et ils viennent quand pour prendre leurs lots ?
YANN (las)
Ils sont venus.
CAROLINE (très lasse)
Ils en ont pas voulu.
REMI
Fallait les obliger à les prendre… !
YANN
On a essayé…
ALBAN (très déterminé)
Moi, je vous préviens : c’était ma première et ma dernière tombola. Je suis journaliste. Pas forain !
KRIS
Quel bourge ! C’est pour la bonne cause !
REMI
Ecoute, Kris, pour l’instant, la bonne cause, c’est de sauver le journal. Ça veut dire débarrasser la cour… Tu es prié d’avoir une très bonne idée.
KRIS
J’en ai pas.
CAROLINE (ironique)
Le génie est en panne… ?
KRIS
Hé, dis donc, toi ! T’as reparlé à ta mère… ?
CAROLINE
Oui ! Mais je te dis que la Mairie n’a pas de local. Ils cherchent. Ils ont reçu la pétition, mais ils n’ont rien.
KRIS
Rien ?
CAROLINE
Rien, je te dis. Même pas un placard à balai…
KRIS
Alors, ça, ça m’étonne, parce qu’hier j’ai vu…
Soudain, il s’interrompt. Une nouvelle idée géniale lui vient à l’esprit.
KRIS
Mais oui… ! Mais oui… !
ALBAN
Attention, le génie va pondre une nouvelle idée. Si c’est une course de dromadaire, je te dis non tout de suite !
YANN (à Alban)
Laisse-le parler… !
KRIS
Mais oui… ! Mais oui… ! Bon. Voilà ce qu’on va faire. On va faire une exposition d’œuvres d’art.
Stupeur chez les JOURNALISTES.
KRIS
C’est ça ! Genre art de la société de consommation… avec toutes ces m… On les bidouille, on les badigeonne, on les colle, on en fait des trucs marrants… Le délire ! (À Rémi) Viens, Rémi, je vais t’expliquer un truc.
KRIS entraîne REMI à l’écart pour lui parler.
Les JOURNALISTES sont un peu désemparés.
MARIE-JO
C’est quand qu’i’ finit son tournoi, à Ludo ?
Scène 25
BUREAU PRINCIPAL - INT/JOUR
REMI - LE PRINCIPAL
REMI est dans le bureau du PRINCIPAL.
LE PRINCIPAL
En soi, l’idée est intéressante. Mais ça ne résoud pas le problème de la cour.
REMI
Il faudrait trouver un local pour exposer les œuvres. Dans le collège, y’a pas… ?
LE PRINCIPAL
Non, y’a pas ! Et de toute façon, je ne veux plus voir ces choses dans le collège, même métamorphées en œuvres d’art ! (Il réfléchit un instant) Mais… Attendez… A la mairie… Ils doivent bien avoir une salle vide… Non ?
REMI (jouant les innocents)
Je ne sais pas… Sûrement…
LE PRINCIPAL
Je vais appeler le maire. Il faut beaucoup de place… ?
REMI
Pour quinze personnes… Euh… Pour… Oui, il faut pas mal de place…
LE PRINCIPAL
Bon. Je m’en occupe. Au séminaire, on nous a expliqué qu’il fallait créer des “coups” éducatifs… Une exposition d’art moderne, c’est un “coup” éducatif, non ?
REMI
Educatif, je ne sais pas. Mais un coup, sûrement !
LE PRINCIPAL
Parfait, parfait.
Scène 26
LOCAL MAIRIE - INT/JOUR
KRIS - REMI - LES JOURNALISTES - LE PRINCIPAL - M. PHILIPPOT (LE MAIRE) - PARENTS - ELEVES
C’est le jour du vernissage. Les œuvres des ELEVES du collège sont exposées dans une grande salle. Il y a un petit buffet. Les PARENTS s’extasient devant les sculptures de leurs enfants. Les ordures de la cour ont été assemblées, peintes en blanc, et les ELEVES leur ont donné des formes étranges d’animaux préhistoriques, d’humains… Le PRINCIPAL, un verre à la main, se réjouit du succès de l’opération en compagnie de REMI.
Plus loin, les JOURNALISTES entourent M. PHILIPPOT, le maire.
KRIS (à M. Philippot)
C’est vraiment sympa de nous avoir prêté cette salle…
M. PHILIPPOT
Oh, c’est pas grand’chose. On ne s’en sert pas…
CAROLINE (faussement naïve)
Ah bon ?! Une si grande salle est vide toute l’année ?
M. PHILIPPOT
Ça ne va pas durer. Je voudrais en faire un musée d’art moderne…
VALENTIN (hypocrite)
C’est une très bonne idée…
M. PHILIPPOT
Il y a des tas d’artistes locaux qui aimeraient bien que leurs œuvres soient installées dans un endroit agréable, où elles seraient mises en valeur, et surtout, visibles par le public…
YANN
Une espèce d’abri où elles pourraient vivre décemment…
M. PHILIPPOT
Exactement.
KRIS
Pour vous, une œuvre d’art c’est plus important qu’un être humain… C’est ça ?
M. PHILIPPOT (un peu décontenancé par la question)
Euh… Non… Pourquoi dites-vous cela ?
KRIS
Vous êtes au courant des familles qui dorment sur la place… ?
M. PHILIPPOT (un peu gêné)
Oui…
CAROLINE
Et vous ne pensez pas que des êtres humains ont le droit de vivre décemment, comme n’importe quelle œuvre d’art ?
M. PHILIPPOT
Si… Bien sûr… Mais vous ne voulez quand même pas installer ces familles ici… !
KRIS
Pourquoi pas ?
M. PHILIPPOT
Mais… Parce que…
CAROLINE
Si les gens apprennent que vous aviez un local vide et que vous n’avez rien fait… le scandale… !
KRIS (montrant les parents présents)
C’est plein d’électeurs, ici…
À ce moment, le PRINCIPAL rejoint les JOURNALISTES.
LE PRINCIPAL
Ah ! M. le Maire. Puisque vous ne faites rien de cette salle, je me disais qu’on pourrait peut-être y créer un lieu d’exposition permanente. Qu’est-ce que vous en pensez ?
M. PHILIPPOT
C’est que… Justement, je disais à ces jeunes gens…
KRIS
… qu’elle était déjà prise…
M. PHILIPPOT
Pas exactement…
CAROLINE
Si. Elle va abriter les sans-logis de la place.
LE PRINCIPAL
Oh ! C’est une très bonne idée, M. le Maire. Entre des œuvres d’art et des familles qui vivent dehors, on ne peut pas hésiter ! Félicitations, M. le Maire. Je reconnais là votre sens de l’humain.
Les JOURNALISTES échangent un petit sourire…
M. PHILIPPOT (se rétablissant comme il peut)
Oui… Mais… Cette salle n’est pas du tout adaptée…
KRIS
Alors, trouvez-leur un vrai logement… !
M. PHILIPPOT hésite, puis il lâche :
M. PHILIPPOT
D’accord. Je vais m’en occuper…
Les JOURNALISTES exultent !
LES JOURNALISTES
Ouais !
Scène 27
COUR COLLEGE - EXT/JOUR
REMI - LE PRINCIPAL
Dans la cour du collège, REMI est abordé par le PRINCIPAL.
LE PRINCIPAL
Tout est arrangé. Je viens d’avoir M. le Maire. Les familles vont être relogées cette semaine.
REMI
Bravo !
LE PRINCIPAL
Dites-moi… A propos de Christophe Lavergne… Je me demande s’il ne faudrait pas lui faire repasser des tests. Nous sommes peut-être vraiment en présence d’un surdoué. Il faudrait l’envoyer dans une école spécialisée…
REMI (un peu hésitant)
Euh… Il faut que je vous avoue une chose… Je crois que Kris s’est fait un peu aider pour le test…
LE PRINCIPAL
Il a triché ?!
REMI
Oh, non… Il n’est même pas au courant… Disons qu’Emmanuel Galvino a revu sa copie…
LE PRINCIPAL
Galvino ?!
REMI
Oui… Je crois qu’il a voulu mettre un peu la pagaille dans le journal…
LE PRINCIPAL
Et vous l’avez laissé faire ?!
REMI
J’ai voulu me livrer à une petite expérience personnelle… Je voulais redonner un coup de fouet au journal.
LE PRINCIPAL
Mais il faut rétablir la vérité. Christophe Lavergne se fait des illusions sur son Q.I. C’est très mauvais.
REMI
Au contraire ! S’il apprend la vérité, il va s’effondrer d’un coup…
LE PRINCIPAL
Comment un mauvais élève peut-il devenir tout à coup très brillant… ?
REMI
Les ordures de la cour sont bien devenues des œuvres d’art…
LE PRINCIPAL
Vous avez raison. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que l’échec scolaire, ça n’existait pas… En fait, qu’est-ce que c’est un cancre ? Hein ? C’est tout simplement un génie qu’on étouffe ! Non ?
REMI reste bouche bée.
