Depuis quelques années se développe dans les zones urbaines sensibles un phénomène nouveau désigné sous le nom de “Rixes inter-quartiers”. Ce phénomène ne ressemble à rien de ce que nos villes ont connu auparavant. Il s’agit d’affrontements d’une extrême violence mettant en scène des adolescents de plus en plus jeunes, sans véritable mobile. Ces rixes ne se déroulent pas toujours à mains nues mais de plus en plus souvent avec des couteaux, et elles ont de ce fait des conséquences de plus en plus graves, parfois mortelles. Chaque déchaînement de violence semble motivé par la défense de son quartier. Mais défendre son quartier contre qui ? Contre quoi ? Là réside toute l’énigme du phénomène.
En 2020, 357 rixes ont été recensées en France, faisant trois morts et 218 blessés. Si le phénomène concerne essentiellement la région parisienne il commence à s’étendre en province. Le 19e arrondissement de Paris, au nord-est de la Capitale, est le seul quartier à connaître des opérations de défense du territoire. Plus au nord, la Seine-Saint-Denis a été le théâtre de plusieurs meurtres ces trois dernières années lors de rixes opposant des habitants de villes mitoyennes : les Lilas, le Pré-Saint-Gervais, Romainville et Bagnolet.
Au sud-est de Paris, dans le Val-de-Marne, la ville de Villiers-sur-Marne est le théâtre de telles rixes entre son quartier populaire des Hautes Noues — un ensemble d’immeubles de 6.000 habitants — et le quartier voisin du Bois-l’Abbé situé dans la commune limitrophe de Champigny-sur-Marne. Pourquoi cette haine entre les adolescents des deux quartiers ? Mystère. Mais ces rivalités créent un sentiment d’insécurité chez les jeunes dès qu’ils sortent de chez eux, que ce soit pour aller suivre leurs études, faire du sport, se distraire ou retrouver leurs amis. À tout moment ils peuvent être victimes d’un “raid” du quartier “ennemi”, un raid aussi soudain qu’imprévisible. Difficile de vivre ainsi sa jeunesse avec la peur au ventre. Ce sentiment d’insécurité est partagé par les parents quand ils découvrent, effrayés, le climat anxiogène dans lequel baignent leurs enfants, que ce soit d’ailleurs dans la vie réelle ou sur les réseaux sociaux.
Pour mieux cerner ces rixes inter-quartiers, la ville de Villiers-sur-Marne a souhaité recueillir une série de témoignages auprès de victimes, de responsables d’associations, de professeurs, d’éducateurs, d’élus, et d’en tirer une analyse sur ce phénomène nouveau et inquiétant.
Le présent document est le résultat de ce travail d’écoute et de synthèse. Dans un premier temps, nous prendrons la mesure du phénomène à travers trois récits poignants de victimes. Puis nous analyserons le phénomène : Qu’a-t-il de nouveau ? Quelles en sont les caractéristiques ? Comment les adultes l’abordent-ils ? Enfin, nous dégagerons quelques pistes pour tenter de l’enrayer.
Les entretiens ont été réalisés durant le mois de novembre 2021, par téléphone, à partir d’une liste de contacts établie par un représentant du cabinet du maire de Villiers-sur-Marne, Tarek Benmansour, et une représentante du tissu associatif, Selma Rovini. Les entretiens ont été enregistrés. L’anonymat des témoignages a été respecté quand il était souhaité.
Puisse ce travail inciter à la prise de conscience et à la réflexion de tous ceux qui se préoccupent du développement harmonieux de notre jeunesse et de la sérénité de notre vie commune.
