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l’incompréhensible

Rixes inter-quartiers

Comprendre
l’incompréhensible

« Ces enfants-là, on ne sait pas ce qui se passe dans leur tête. Mais ce qu’on a compris, c’est pas quelque chose de préparé. Ça peut partir de tout et de n’importe quoi. » (Penda)

Mais ce qui différencie le plus sans doute les “bandes” d’aujourd’hui de celles d’hier, c’est l’absence de motivation très claire, du moins en apparence. Autrefois, les gangs se livraient bataille pour des motifs précis : défendre un espace de commerce, montrer qui était le plus fort, régler des différends amoureux, se venger d’une crasse ou réparer un affront.

Rien de tout cela aujourd’hui. La “bande” prétend “défendre son territoire”. Le problème est que ledit territoire est rarement attaqué ! Le point de départ d’une rixe entre quartiers est en général un incident au collège, un regard, et le plus souvent une rivalité amoureuse. Mais quel que soit le prétexte trouvé, la rixe va se dérouler entre les adolescents de deux quartiers voisins.

Car les adultes, eux, peuvent circuler d’un quartier à l’autre sans être inquiétés par les bandes. En fait, la défense du territoire semble un prétexte pour justifier le déferlement de violence adolescente.

Naissance des quartiers

Nos urbanistes ont eu la bonne idée de donner des noms aux groupements d’immeubles HLM construits dans les banlieues dans les années 60-70. “Les Bosquets” de Montfermeil, la “Cité des 4000” de La Courneuve, les “Tarterêts” de Corbeil-Essonne, etc. Et bien sûr les “Hautes Noues” à Villiers-sur-Marne et le “Bois-l’Abbé” à Champigny-sur-Marne.

Au départ, une bonne intention, humaniser un habitat qui ne l’était pas vraiment. Mais ces noms ont été par la suite des marqueurs négatifs, outils de stigmatisation. D’autant que les architectes de l’époque ont conçu ces cités comme des espaces clos, refermés sur eux-mêmes. Cet isolement du reste de la ville a créé un très fort sentiment d’appartenance et un “surinvestissement du local” comme disent les sociologues. Pour corriger l’erreur de l’urbanisme des années 60, des politiques ont été menées, comme en témoigne Jacques-Alain Bénisti :

« L’un des projets de l’ANRU est de désenclaver les quartiers et d’essayer de mettre de la mixité sociale. Ç’a été réussi à Villiers. On a mis des bâtiments en mixité sociale et on a désenclavé complètement. J’ai réussi à faire financer la reconstruction des trois écoles qui se trouvaient sur les voies qu’on voulait tracer pour ouvrir la cité. »

Depuis les années 2000, la cité du Bois-l’Abbé de Champigny-sur-Marne a bénéficié de deux programmes de rénovation urbaine. Des travaux importants ont été réalisés pour la désenclaver : animation du centre avec la création d’une Maison pour tous, démolition du centre d’une barre d’immeubles, etc.

Mais le mal était fait et des “légendes urbaines” se sont créées qui, malgré les efforts de rénovation, ont la vie dure et se transmettent de génération en génération, continuant d’alimenter la défense du territoire.

Patricia Nubul a toujours connue la rivalité entre le quartier du Bois-l’Abbé et celui des Hautes Noues, tout à côté :

« J’ai grandi dans le quartier des Hautes Noues. J’y suis arrivée j’avais dix ans à peu près. C’est quand je suis entrée au collège que j’ai connu les rixes. Il y avait des bandes de Champigny-sur-Marne qui venaient dans le quartier et ça se tapait dessus. C’est devenu un phénomène qui ne s’arrête pas. On appelait cela des conflits entre bandes de quartier. On savait que déjà les grands l’avaient vécu. Il n’y a pas vraiment de but. Il n’y a pas d’histoire. On a vraiment l’impression que d’année en année c’est une reprise. Dès qu’ils grandissent, les petits entrent dedans. On défend son quartier. Mais clairement, il n’y a pas de motif. Pas “Tu m’as volé ma casquette”, “Tu m’as poussé”. Non, c’est vraiment des guerres de quartier. On défend son territoire. »

Mais la notion de territoire à défendre peut dépasser le simple quartier et s’étendre à une ville entière comme on l’a vu à propos des Lilas, du Pré-Saint-Gervais, de Romainville ou de Bagnolet en Seine-Saint-Denis.

Pour Frédéric Descrozaille, l’appartenance à un “quartier” se construit autour d’une solidarité locale :

« Ça apparaît de manière assez imprévisible sur une base de solidarité de village, quasiment. Une solidarité de proximité. On se retrouve avec des jeunes qui vont se projeter dans leur identité, dans leurs liens sociaux, avec la proximité immédiate de leur entourage. et constituer des identités qui vont se retrouver rivales. Mais ces rivalités reposent sur des légendes urbaines et sur rien de concret en fait. C’est pour cela qu’une affaire de cœur ou un regard de travers peuvent dégénérer. Mais c’est sur une base qui est très immatérielle, qui est très difficile à appréhender. et qui est liée quasiment à la socialisation, en fait, de ces gamins. »

À Paris, le 19e arrondissement est lui-même divisé en “quartiers” qui correspondent souvent à des ensembles d’immeubles HLM, comme la cité Cambrai-Curial ou les Orgues de Flandre. Il y a la place des Fêtes, Crimée, Ourq, Riquet, Stalingrad, etc.

Zakaria Harroussi explique ainsi l’importance du quartier dans l’esprit de ces jeunes :

« Ils voient leur quartier comme leur chez-soi. C’est chez eux, ils se l’approprient, même s’ils sont locataires ou émigrés, c’est leur cocon. Même pour sortir ailleurs, ils ne voudront pas. Ils se sentent plus en sécurité dans leur quartier qu’ailleurs. »

Il semblerait ainsi que la rencontre avec des individus d’un autre quartier vient compromettre un confort personnel. Aller à la découverte de l’autre leur demande un effort qui les épuise. Entre habitants du même quartier, ils se comprennent à demi-mot. Ils ont le même environnement depuis leur naissance, ils ont vécu les mêmes choses. Ils se connaissent tous. Cette cohésion est accentuée par le fait que les familles bougent très peu.

Les jeunes de ces grands ensembles ne vivent pas dans un cadre de vie où l’on passe du connu à l’inconnu par étapes successives, comme cela se fait ailleurs. En centre ville, on glisse progressivement d’une zone centrale très connue à des zones de moins en moins familières, par cercles concentriques, au fur et à mesure qu’on s’en éloigne. Dans cet urbanisme des années 60-70, on passe brutalement du "très connu”, sa cité, à l’“inconnu total”, le monde alentour. Frédéric Descrozaille voit d’ailleurs la cité comme une sorte de “prison” aux murs invisibles :

« On est sur des acteurs qui bougent très peu. Parce qu’ils ne sortent pas d’un quartier ou d’une zone où ils se connaissent, où il y a cette solidarité qui peut jouer. Le fait de se rassurer, de grandir dans cet ensemble de proximité, de familiarité, très limité géographiquement, crée une population qui souvent ne quitte pas son quartier. Ils ne vont même pas sur Paris, ils n’ont pas les codes. »

Moussa Konaté le confirme :

« Il n’y a pas de renouveau, ils ne bougent pas. Il y a des gens positifs qui tirent les autres vers le haut mais d’autres ne sont jamais sortis du quartier. Je me souviens avoir fait une sortie bowling : des jeunes ne savaient même pas lancer une boule. On est ensemble, on mange ensemble, on fait tout ensemble. Pendant des décennies. Tant qu’il y a pas quelqu’un qui vient et qui te dit : “Viens, je vais te montrer autre chose que le quartier…”. Mais là je crois qu’il y a une génération qui commence à comprendre, une génération entre vingt et vingt-cinq ans. Par contre, les douze à quinze ans n’ont pas encore compris. »

Zakaria Harroussi, qui pourtant vit à Paris, fait le même constat :

« Les jeunes de chez moi ne veulent pas sortir ; ils ne veulent pas s’ouvrir l’esprit, limite ils vont au café mais pas plus. Et c’est le problème des jeunes, ils sont accrochés à leur quartier. S’ils voyageaient, s’ils quittaient juste leur territoire, leur esprit s’ouvrirait. Il s’ouvrirait de lui-même. Et là, vous découvrez une autre personne. Mais en restant dans son quartier avec les mêmes têtes, les mêmes problèmes, ça ne va pas. »

Mais si on peut comprendre comment s’enracine au fil des générations ce fort sentiment d’appartenance, le réflexe de défense du territoire qu’il génère chez ces adolescents reste mystérieux.

Mais défendre son quartier contre quoi ?

C’est la grande énigme. Toutes les personnes interrogées ne comprennent pas contre qui ni contre quoi les jeunes veulent défendre leur quartier. Et d’ailleurs, en quoi ce quartier est-il le leur ? La plupart des habitants de ces quartiers sont locataires. Les lieux ne leur appartiennent pas, mais sont la propriété de bailleurs sociaux publics ou privés. En grande majorité, ils sont aussi issus de l’immigration. Ils n’ont donc pas à cœur de défendre la terre de leurs ancêtres contre des envahisseurs !

Penda reproche souvent aux jeunes ce comportement :

« On est tous des locataires. On n’est même pas des propriétaires. Les logements appartiennent aux propriétaires, le quartier appartient à tout le monde. Donc je ne comprends pas que vous alliez dire que tel ne vient pas chez moi, l’autre ne vient pas chez nous. Ce n’est pas bien. »

La défense du territoire serait-elle liée à la drogue et au désir de protéger l’espace de son “business” contre les intrus ? Pour Jacques-Alain Bénisti, le trafic peut expliquer en partie le phénomène :

« Ces rixes sont souvent sur fond de trafic de drogue mais pas essentiellement. Ça peut être notamment lors d’affrontements sportifs quelquefois. Et si ça dégénère d’un côté ou de l’autre, il y a toujours un côté qui va vouloir se venger. Je dirais qu’entre 60 et 70 % c’est en matière de trafic de stupéfiants dits “drogues douces” où on a des espaces et des territoires que les uns et les autres veulent s’approprier. Quand certains trafiquants du Bois-l’Abbé viennent aux Hautes Noues avec de très belles voitures pour vendre leur drogue, les trafiquants de Villiers n’acceptent pas. Et donc il y a des rixes et des règlements de compte qui s’opèrent tout de suite après. »

Mais pour Zakaria Harroussi, la drogue n’est pas en cause :

« Les médias disent beaucoup que c’est lié au trafic mais il n’y a rien de tout cela en fait. Je parle en Ile-de-France. À Marseille, c’est autre chose. En Ile-de-France c’est rare que pour une histoire de drogue le gars va aller tuer. C’est plus lié à des c…, un vol ou quoi ou qu’est-ce. Ce n’est pas lié au business, parce que le business, en soi, t’es chez toi, qui va venir te déranger chez toi ? Moi je vous parle pour le 19e. Je sais que chacun avait son secteur : Danube, Riquet, Cambrai. Personne venait empiéter chez l’autre. Mais quand la banlieue venait dans le 19e c’était tout le 19e qui se retournait contre eux. “T’es pas le bienvenu ici”. Mais c’était plus par rapport à un quartier ou une bande, mais pas à un trafic. »

Patricia Nubul elle-même ne comprend pas bien la logique du fonctionnement de ces rixes :

« Les parents d’un jeune qui est décédé à Paris nous expliquaient que parfois c’est pour rien. Ils sont passés en voiture, ils ont carrément tiré sur un jeune qui descendait tout seul, qui allait à l’école. Ils l’ont abattu. Nous, c’est jamais arrivé comme ça d’abattre quelqu’un dans la rue. C’est d’une violence ! En fait c’est comme une victoire. “J’en ai tué un !” Pour eux c’est comme un trophée. Ils vont taper un autre dans un autre quartier. S’ils en ont touché un qui reste par terre pour eux c’est comme une victoire. Tu sais que l’autre quartier va souffrir. Parce que c’est un ami, c’est comme la famille. Ils ne se rendent pas compte. C’est comme s’ils avaient gagné au Loto. Ils en ont laissé un par terre, qu’il soit mort ou pas, ils savent qu’ils l’ont bien tapé, il a fini à l’hôpital, limite il est mort, pour eux c’est génial. C’est ça qui est hallucinant ils ne se rendent pas compte. C’est des jeunes de quinze ou seize ans qui vont gâcher leur vie. Ils vont faire des années de prison s’ils se font arrêter. Ce n’est plus des petits coups, c’est un meurtre. »

Même incompréhension chez Damien Z. :

« Je racontais cela en classe avec les jeunes : vos grands-parents n’étaient pas là et vos petits-enfants ne le seront pas forcément. L’attachement à quelque chose d’éphémère n’a aucun sens. Il se représente le quartier X face au quartier Y. Le quartier joue sur le regard des autres adolescents, des camarades. C’est de se dire : “Est-ce que je vais être estimé, d’une façon quelle qu’elle soit, par les autres garçons de mon âge”. C’est terrible car on arrive à un stade où qu’est-ce qui définit ce qui est cool, ce qui a une valeur ? Les ados ont une idée de ce qui est cool et de ce qui ne l’est pas qui nous échappe. C’est tout un tas de codes incompréhensibles pour nous. Par exemple, ce n’est pas cool d’être bon à l’école ; ils font leur propre échelle de valeur. C’est comme les jeunes qui mettent la musique à fond dans le RER ou dans le métro. Ils se baladent avec des enceintes. Qu’est-ce qui fait que c’est des “bonhommes”, c’est qu’ils sont capables dans un délire ultra égoïste de s’imposer, quitte à faire ch… les autres. Parce que personne n’ose les emm… Personne n’ose leur dire “Baisse ta musique”. »

Pour lui, l’origine des rixes n’est ni dans la défense du territoire ni dans le trafic de drogue, mais bien plutôt dans une quête névrotique de l’estime de soi :

« L’important est de savoir où ces adolescents se situent dans tout un tas de hiérarchies. Or, les agresseurs, en général, sont tout en bas partout. Par rapport aux meufs, ils sont tout en bas ; par rapport à l’école, ils sont tout en bas ; par rapport à leur quartier, ils sont tout en bas ; les perspectives professionnelles, ils sont tout en bas. En fait, dans tout un tas de hiérarchies, ils ne sont pas du tout valorisés. Ils n’ont pas la possibilité de se distinguer. sauf dans un domaine : faire du mal aux autres. Et pour eux il y a comme une fierté à être un “dingue”. “Mais lui, tu peux pas savoir, c’est un dingue, c’est un taré”. Ils sont en bas de tout sauf dans la capacité de rabaisser les autres. On n’est pas loin du comportement du pervers narcissique ! »

Dans ces bandes, il existe des meneurs, très perturbés psychologiquement, qui utilisent l’alibi de la défense du territoire pour tenter de construire leur estime de soi. Ils saisissent le moindre prétexte pour lancer une agression, et les autres membres de la bande suivent, sous la pression des meneurs. Patricia Nubul a bien observé ce phénomène :

« Dans ces bandes, le leader négatif est celui qui va dire “On y va”. Et quand la tête du groupe dit “On y va”, le reste du groupe suit, même s’il y en a deux ou trois qui vont hésiter. S’ils n’y vont pas, on va dire que c’est des baltringues. “Vous êtes des faibles, vous êtes nuls”. Alors ils y vont. »

En fait, si le phénomène de gratification personnelle qui se cache derrière la pseudo défense du territoire nous échappe un peu, nous adultes, c’est que ces adolescents ont leurs propres codes, leur propre échelle de valeurs, pour déterminer quel fait délictueux permet à son auteur de monter dans leur hiérarchie.

Vivre la peur au ventre

Le résultat est que les jeunes qui vont à l’école, au collège ou au lycée, vivent la peur au ventre. Et c’est aussi le cas en bas de chez eux, comme en témoigne Patricia Nubul :

« À mon époque, on voyait des jeunes venir à plusieurs, avec des bâtons, des barres de fer ; maintenant c’est plus grave, ils ont des armes. On nous disait : “Vous, les filles, rentrez…”. On rentrait chez nous. Et c’est arrivé plusieurs fois. Des fois on était assises tranquillement avec des copines et on entendait des sifflets “Ils arrivent ! Ils arrivent !” comme si c’était une guerre. Oui, c’est un guerre. Tu protèges ton quartier. Au début c’était surtout les garçons. Je n’ai pas vu beaucoup de filles. Maintenant ça se développe. Nous on n’était pas dans ça. Mais si on tape ton copain tu n’as pas le choix.

En fait ça se passait surtout au lycée. Des amis à moi se faisaient agresser carrément devant le lycée. Le problème à Villiers c’est qu’il n’y a pas de lycée. Il y a deux collèges. À Champigny, ils attendaient carrément devant le lycée. C’était hallucinant. On avait peur de sortir. Les sacs à dos étaient remplis de bombes lacrymogène, de bâtons pour se défendre. Le lycée appelait les parents. “Faites attention, il y a des problèmes de quartiers, faites attention quand vous sortez”. »

Ce sentiment d’insécurité, le député Frédéric Descrozaille, y est très sensible. Pour lui la réponse réside dans le développement de la politique de mixité :

« Quand vous avez un collège qui est à cheval sur plusieurs quartiers, et qu’il y est accueilli des collégiens de deux quartiers qui peuvent eux-mêmes se vivre comme étant rivaux, eh bien évidemment ça donne un terreau inflammable. Et le collège peut avoir toutes les peines du monde, bien qu’étant une institution de la République, à réussir l’enjeu de mixité qui est un vrai objectif de politique du logement, de l’éducation, de tout ce qui est formation, et ensuite insertion par l’activité économique, etc. C’est un sujet politique, et cette insécurité, je pense qu’elle est plus vive dans des endroits de scolarisation accueillant des gamins qui sont déjà dans cette idée qu’ils n’ont pas la même identité : “Nous c’est nous ; eux c’est eux”. Ça fait le terreau sur lequel peuvent dégénérer des “petites choses” entre guillemets ; c’est des étincelles qui peuvent mettre le feu. Il y a là un sujet qui concerne le politique au premier chef. »

L’oisiveté, mère de tous les vices ?

L’enfermement dans le quartier crée naturellement un grand vide. Car la plupart des activités ont lieu à l’extérieur de la cité. Les jeunes qui ne sortent pas de chez eux sont donc condamnés à l’oisiveté. Pour Zakaria Harroussi, l’ennui joue un rôle majeur dans le phénomène des rixes :

« En fait, ils n’ont pas d’occupation. Ils restent plantés. Chez nous, il y a une équipe, je les appelle les Grimlins, Vous pouvez venir à partir de 15 h jusqu’à tard le soir, c’est les mêmes, ils bougent pas. Mais par contre, quand il y a une embrouille, c’est les premiers ! Quand vous restez plantés et que vous ne savez pas quoi faire, vous allez vous battre, vous allez vous chamailler, vous allez provoquer l’autre quartier. C’est l’ennui. C’est pourquoi beaucoup d’associations essaient de relier tous ces jeunes-là en organisant des tournois, en les emmenant en sortie ensemble. C’est vrai que l’ennui y est pour beaucoup. Quand tu ne fais rien de ta journée, tu vas chercher à faire quelque chose. Tu vas aller voler, tu vas chercher une bagarre. »

✴︎

La psychologie a montré qu’à l’adolescence, le développement de la personnalité se fait par le biais de “l’autre”. L’autre, non pas en tant qu’être différent, mais au contraire en tant que miroir. L’adolescent se construit en se regardant dans l’autre. Or les adolescents dont nous parlons font la guerre à des jeunes qui leur ressemblent en tous points. Au lieu de se voir dans l’autre jeune, ils y voient un ennemi, qu’ils veulent détruire, pensant ainsi se construire une “valeur” qui compense les échecs à répétition de leur histoire personnelle. C’est la raison pour laquelle, comme on l’a vu plus haut, les agresseurs s’en prennent souvent à des jeunes qui réussissent à faire quelque chose de leur vie. Plus que la défense du quartier, l’échec personnel et la jalousie qui en découle semblent à la base du phénomène des rixes. Comme le dit Aoua Diabley, ils n’agressent pas au hasard.






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